Affiche critique Time Out

Time Out

SYNOPSIS

Bienvenue dans un monde où le temps a remplacé l'argent. Génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut "gagner" du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d'années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d'échapper à la mort. Un homme, accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui deviendra son alliée. Plus que jamais, chaque minute compte.

CRITIQUE

Parmi les films de 2011, In Time (traduit en français par Time Out…no comment) d’Andrew Niccol faisait parti de mes plus grandes attentes. L’homme compte quand même à son actif quelques monuments surtout au regard du nombre de réalisations / scénarios qui lui sont rattachés. Rien que pour la frime et parce que Niccol est en odeur de sainteté en ces lieux, rappelons brièvement sa filmographie : Bienvenue à Gattaca (son premier film), Simone, Lord Of War (qui fut un four à sa sortie mais n’en demeure pas moins un excellent brulot contre les marchands d’armes) et aujourd’hui Time Out. Ses productions et scénarios n’ont pas ailleurs pas à pâlir puisque c’est lui que l’on retrouve derrière Le Terminal de Spielberg et The Truman Show de Peter Weir. Bref, un parcours sans faute ne souffrant peut-être que d’une faible présence médiatique le reléguant au registre des personnes inconnus en dehors des cercles de cinéphiles. Passé maître dans l’art du cinéma d’anticipation, Niccol et son Time Out étaient donc attendus avec le plus grand intérêt d’autant que son idée de base pouvait se vanter d’être l’une des plus accrocheuses de l’année. Ajoutez à cela un casting d’acteurs montants (pour la plupart), et vous vous retrouvez avec l’un des plus beaux potentiels cinématographiques de la fin 2011 et un réservoir à surprises si la magie venait à opérer une nouvelle fois.

Jamais le dicton « le temps c’est de l’argent » n’aura été aussi vrai dans un film. Postulat génial d’inventivité, Time Out nous amène dans une société l’on arrête de vieillir à 25 ans. Reste alors 1 an de vie préprogrammée et, à moins que vous ne trouviez les ressources nécessaires pour aller au-delà, vous mourrez. Un postulat qui n’est pas expliqué (tant mieux) pour éviter de partir dans des considérations scientifiques peu crédibles qui n’auraient d’ailleurs pas servi le propos. On peut légitimement penser que cette altération génétique est une réponse à une problématique de surpopulation mais rien ne l’explicite clairement au cours de l’histoire, Niccol préférant laisser l’interprétation libre sur le sujet (mais en attaquant néanmoins un effet de mode que nous vivons au quotidien à savoir retarder ou diminuer tout effet de vieillissement). Ce que l’on pourrait considérer comme un miracle de la science n’est en fait qu’un mode de vie comme un autre avec lequel les terriens vivent au jour le jour (pour les plus pauvres).

Tandis que les plus riches bénéficient d’un crédit de vie illimité (pour peu qu’ils se préservent du meurtre ou de la maladie), les classes moyennes décèdent, sont victimes des vols, de  rackets ou de meurtres par les Minutes Men (un gang emmené par Alex Pettyfer) pour leur soutirer 1 jour, 1 semaine, 1 mois, rarement plus. Ici, pas besoin d’argent physique, la monnaie est votre barre de vie et vous pouvez l’échanger la troquer contre tout et n’importe quoi : un coup de téléphone, 1 minute. Une voiture de luxe, 60 ans, un trajet en bus, 1 heure etc… Nous sommes donc face à une société présentée comme une illustration parfaite du  concept du capitalisme Darwinien (pour reprendre une expression du film). Une société anachronique, mélangeant les époques, une sorte d’alter égo à la notre mais empruntant à différentes périodes des cinquante dernières années.

Will Salas (Justin Timberlake) est un ouvrier né dans le ghetto de Dayton. Il vit au jour le jour mais tout va basculer lorsqu’un « immortel » lui offre 100 ans de vie, au prétexte que la vie éternelle est davantage un fardeau qu’un don. Fort de cette ressource inespéré, Salas se dirigera vers le New Greenwich pour découvrir comment les « immortels » vivent et reprendre une partie de leur ressource afin de la redistribuer aux plus démunis. L’histoire commence alors vraiment lorsque traqué par la police, Salas se voit contraint de prendre en otage la fille du magnat des ressources du temps, Amanda Seyfried…

Mais aussi brillante que l’idée de base soit, elle ne trouve malheureusement jamais véritablement d’enveloppe cinématographique à son niveau. Pourtant, les qualités de Time Out sont nombreuses à commencer par un rythme qui ne décroît jamais. Niccol à l’aise derrière la caméra mais aussi à l’écriture déroule son histoire d’anticipation avec classicisme mais efficacité, proposant à intervalles régulières divers problèmes à notre duo devenu une sorte de Bonnie & Clyde du futur, jouant des tensions nées de la chasse à l’homme et de la course contre la montre vis-à-vis de sa propre horloge interne. Le réalisateur utilise les regards contrastés de ses deux personnages (le milieu riche / le milieu pauvre) pour analyser ce monde et cette situation qui ne sont qu’une métaphore du système économique actuel en version relativement simplifiée.

Là où le bât blesse, c’est dans le traitement général très naïf de la situation. Tout est didactique, manichéen, propre. Will Salas après avoir reçu 100 ans de vie devient immédiatement une sorte de Robin des Bois cherchant à briser le système établi, tandis que la jeune héritière voit à travers cette prise d’otage un bon moyen de vivre l’aventure de sa vie et d’adhérer en à peine 10 minutes à la cause de son ravisseur (ok c’est Timberlake, mais quand même). Le traitement d’un tel sujet imposait pourtant une subtilité nettement plus importante, à l’instar de ce que Gattaca nous faisait vivre viscéralement. Ici, les plus âgés ne ressentiront probablement rien, pas l’ombre d’une accélération de pouls même lors des situations censées être tendues puisque Salas n’échoue jamais, à aucun moment. Les mécanismes du film sont donc rapidement identifiées et les ficelles visibles outrageusement (à l’instar du combat avec le chef de gangs).

Je passe outre les idées lancées sans être approfondies (l’histoire du père de Salas, Cillian Murphy en flic intègre mais qui ne fait pas avancer l’histoire si ce n’est en étant une pression récurrente auprès de notre duo). Bref, tout cela manque de finesse, d’écriture, de liant, comme si Niccol avait vu sa copie retravaillér et édulcorée par la FOX (ce qui est loin d’être improbable au passage) puisqu’au regard des différents niveaux de lecture de ses précédents films, on est en droit de s’interroger sur ce point. Mais s’il demeure moins cérébral, moins cynique et peut-être volontairement plus abordable auprès d’une population plus jeune via une enveloppe plus « entertainement » Time Out reste un divertissement évidemment plus intelligent que la moyenne. En soit, l’objet est loin de ne pas être pas réussi, mais l’on ne peut s’empêcher d’établir la comparaison, et à ce jeu-là, il finit bon dernier du cinéma de Niccol qui avait jadis mis il faut bien le dire la barre très haute.

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