Affiche critique The Artist

The Artist

SYNOPSIS

Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L'arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l'oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l'histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l'orgueil et l'argent peuvent être autant d'obstacles à leur histoire d'amour.

CRITIQUE

Il est rare qu’un buzz positif ait été aussi important avant la sortie d’un film. Depuis Cannes, The Artist est plébiscité de partout et annoncé comme potentiel prétendant aux Oscars. Pourtant, à l’heure de la 3D, de la sur-utilisation technologique, la sortie d’un film muet en noir & blanc paraissait non pas improbable mais presque suicidaire. C’est bien simple, l’erreur n’était pas autorisée, simplement pas imaginable.

Pourtant, Thomas Langmann, déjà producteur de l’excellent mais tout aussi audacieux dytique Mesrine a une nouvelle fois fait preuve de courage en acceptant la mise en chantier de The Artist, écrit et réalisé par Michel Hazanavicius, à qui l’on doit notamment les deux OSS, le grand détournement… Un pari totalement fou et inédit pour un film hors catégorie, hors du temps, hors de tout. Produit en partie aux US par les frères Weinstein, The Artist a de merveilleux sa capacité sans limite à rendre hommage au cinéma d’autant, parfaitement porté par un casting franco-américain, emmené par un Jean Dujardin au sommet.

Sa déroulant dans les années 20, à l’époque du grand Hollywood, The Artist est une mise en perspective du cinéma d’aujourd’hui et de ses évolutions technologiques qui pèsent dans la balance financière. Si la 3D parait incontournable pour les majors, le passage du muet au parlant fut l’une des révolutions similaires il y a près de 90 ans, laissant sur le bas-côté quelques formidables acteurs du muet. George Valentin (Dujardin) est l’un de cela. Coqueluche d’Hollywood, il va progressivement perdre son intérêt aux yeux des médias, laissant la place à Peppy Miller (Berenice Bejo), étoile montante du cinéma parlant. Deux destins étroitement liés mais aux trajectoires inverses qui seront le cœur et le moteur de l’histoire d u film.

Si le scénario ne révèle aucune surprise, le film d’Hazanavicius brille par sa forme, et par cette volonté sans concession de rester dans le challenge initial du film muet. Si quelques passages sonores sont néanmoins présents, ce n’est que pour renforcer le propos dans ce monde en plein bouleversement, tant par l’évolution majeur que connait le cinéma, que par la crise financière qui frappera de plein fouet l’Amérique et notre personnage principal. Jean Dujardin qui est sans nul doute l’acteur français le plus doué de sa génération avec Vincent Cassel livre ici une interprétation magistrale, parfait hommage aux guelles de l’époque, s’abandonnant totalement au rôle. Si l’on connaissait son aisance à la mimique grâce aux deux OSS 117, il parvient avec The Artist à emmener ce talent à un tout autre niveau, bien au-delà de la simple blague, et arrive à quasi mimer ce jeu d’acteur si particulier dont nous nous délections dans les films de cette époque.

Aux commandes, Hazanavicus ne commet également aucune erreur, aucune faute de direction ou de montage et parvient à faire penser en moins d’une heure quarante à Citizen Kane, L’Aurore de Murnau, le cinéma de Fritz Lang, Chantons sous la Pluie, Boulevard du Crépuscule et autres. Sa mise en scène revient aux fondamentaux de la grammaire cinématographie, un retour obligatoire par l’absence totale de parole et qui permet d’ancrer instantanément The Artist dans cette catégorie de films qui résisteront à l’épreuve du temps. A ses côtés, l’équipe technique mérite tout autant d’éloges, par la gestion de la lumière, personnage à part entière, mais également la musique composée par Ludovic Bource, qui accompagne l’histoire durant presque l’intégralité du film.

Il s’agit là d’une véritable prouesse à plusieurs niveaux, depuis la production jusqu’au montage, en passage par la réalisation et le jeu d’acteurs. Avec un scénario un peu moins simpliste, même si les différents degrés de lecture se révèlent intéressants et réussis, le film de Michel Hazanavicius aurait été une réussite intégrale. Ce petit point tempère mon jugement malgré tout extrêmement positif, ne serait-ce que par le courage d’entreprendre un projet tel que celui-ci.

A l’heure où le cinéma commercial tend à niveler l’exigence des spectateurs par le bas, l’équipe de The Artist arrive tel un OVNI inattendu. D’un fantasme, Hazanavicius nous livre un objet magique, intemporel et une déclaration d’amour sans fin pour le 7e art. La compétition sera rude mais la statuette dorée est plus que jamais envisageable, car comme tout le monde le sait, le silence est d’or !

A découvrir dans la galerie, les photos de l’avant-première Allociné en présence de Michel Hazanavicus, de Jean Dujardin et de Thomas Langmann.

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