Affiche critique Mission : Impossible – Protocole fantôme

Mission : Impossible – Protocole fantôme

SYNOPSIS

Impliquée dans l'attentat terroriste du Kremlin, l'agence Mission Impossible (IMF) est totalement discréditée. Tandis que le président lance l'opération "Protocole Fantôme", Ethan Hunt, privé de ressources et de renfort, doit trouver le moyen de blanchir l'agence et de déjouer toute nouvelle tentative d'attentat. Mais pour compliquer encore la situation, l'agent doit s'engager dans cette mission avec une équipe de fugitifs d'IMF dont il n'a pas bien cerné les motivations…

CRITIQUE

Par certains aspects, la franchise Mission Impossible se rapproche de celle des Aliens. 4 films à ce jour, une qualité relativement homogène si ce n’est un faux pas sur MI2, un personnage récurrent et des réalisateurs (de talents) à chaque épisode renouvelés. La comparaison s’arrêtera-là à ce détail près que dans l’un comme dans l’autre, nous ne pouvons qu’être réjouit par les vraies propositions de cinéma qui se dégagent de ces films.

Mission Impossible 3 qui avait été porté à l’écran par un JJ Abrams en très grande forme avait laissé la saga sur une saveur franchement positive, mixant avec talent la franche action avec une intrigue forte menée tambours battants. La suite des aventures d’Ethan Hunt était donc attendue de pieds fermes et lorsque le réalisateur Oscarisé Brad Bird fut rattaché aux projets, tous les fans crièrent leur enchantement. Car si le bonhomme signe ici son premier film « live », il est loin d’être un nouveau venu à Hollywood. Pilier de Pixar, Brad Bird n’est autre que le réalisateur des Indestructibles et de Ratatouille. Une valeur très sûre donc pour Tom Cruise qui l’invita sur le projet (tout comme il invita JJ Abrams) en s’assurant ainsi une réelle maitrise de la caméra, du rythme, de l’action (rappelez-vous les séquences monumentales des Indestructibles) et surtout un gage de qualité évident pour ce nouveau Mission Impossible qu’il produit. Bref, même si l’échec paraissait peu probable, nous attendions tout de même de voir le résultat et comme on pouvait l’espérer, la claque s’est avérée être au rendez-vous.

A chaque réalisateur son style. Ici, Bird s’éloigne de celui mis en place par Abrams pour imposer le sien dès les premières séquences musclées. La mise en bouche est immédiate. Un agent de Mission Impossible court, poursuivi. Il saute dans les airs, pivote sur lui-même, la caméra l’accompagne dans sa chute sans le perdre. Nous rentrons de plein fouet dans l’action et comprenons par la même que le mec aux manettes n’est pas franchement un amateur. Et cette maîtrise hallucinante se retrouvera tout au long du film avec comme point culminant la séquence de Dubaï, point d’orgue de ce quatrième volet qui offre presque à chaque plan une surprise visuelle.

Mais au-delà de l’indéniable réussite « technique », Mission Impossible Protocole Fantôme est un tournant et une évolution majeure de la saga. Le scénario de Josh Appelbaum et d’Andre Nemec a ceci de différent que l’équipe MI n’est plus infaillible. Malgré leur quasi invulnérabilité chronique, les personnages principaux y compris celui de Hunt essuient dans cet opus des échecs, de vrais et cuisants ratés. Et c’est dans cette difficulté qu’un visage nouveau du personnage campé par Tom Cruise naitra, un visage fédérateur, presque paternaliste vis-à-vis des autres membres. Un groupe qui progressivement apparaitra à nos yeux comme une famille avec les différents repères traditionnels qui la compose. Une thématique chère à Brad Bird qu’il dominait déjà dans les Indestructibles et qu’il propose aujourd’hui sur des prises de vues réelles sans faillir.

Et ce renvoi à des questions aussi fondamentales n’est pas sans rappeler le cinéma de John Mc Tiernan et de ses cultissimes Die Hard. Le parallèle entre l’agent Hunt et l’agent McLane prend ici tout son sens, notamment dans l’image de la figure iconique qu’ils renvoient, dans l’acceptation de leur rôle voire de leur fardeau d’être LA personne sur qui tout le monde compte, tout le temps et en tout circonstance. Sans que l’on y prenne véritablement attention, Brad Bird nous donne à voir la condition du héros au cinéma, un personnage fédérateur, plus fort psychologiquement mais avec ses faiblesses, et pour qui toute vie de famille semble impossible. En ce sens et par les questions que le film posent, Protocole Fantôme est à ranger aux côtés de celui de Brian De Palma qui explorait d’avantage la dimension psychologique de ses personnages. Un choix d’autant plus appréciable qu’il n’entre pas en conflit avec l’un des piliers de la saga, l’adrénaline !

Et sur ce plan, Bird a mis les bouchées doubles, le quatrième film étant sans équivoque le plus généreux en séquences d’actions pures. Depuis l’introduction jusqu’à une scène finale en Inde incroyable (renvoyant directement à la première scène de MI1) en passant par un passage au Kremlin et bien entendu à Dubaï totalement titanesque, ce nouvel opus de Mission Impossible s’offre allégrement une dizaine de passages ultra musclés, spectaculaires et maîtrisés à la perfection. Il suffit d’ailleurs de prendre un peu recul pour apprécier les plans totalement dingues que nous propose Brad Bird. Toute la folie, toute le côté renversant que l’on pouvait savourer dans les Indestructibles se retrouve ici proposé en images réelles, les contraintes physiques étant de surcroits présentes. Si vous avez la possibilité de voir le film en IMAX, vous constaterez notamment que la sensation de vertige se fait plus d’une fois ressentir (et ce bien sûr sans 3D !), preuve des placements extrêmement intelligents des caméras pour permettre un ressenti viscéral des scènes dès que l’occasion se présente.

Mission Impossible Protocole Fantôme se trouve être une réussite à tout point de vue. Depuis le scénario basé sur un socle béton et éprouvé jusqu’à la richesse d’action comme nous en avions rarement vu ces dernières années, le film se révèle impressionnant d’abord dans la forme mais aussi très rapidement dans le fond. Etiqueté blockbuster, ce quatrième volet porte également toute une réflexion sur le mythe du héros et inscrit d’une pierre deux coups le personnage d’Ethan Hunt au Panthéon des plus grands. Pour son premier film live, Brad Bird réalise quelque chose de très fort. On en attendait pas moins !

Tags: , , , , |