Affiche critique Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

SYNOPSIS

Mikael Blomkvist, journaliste au mensuel Millénium, enquête à la demande de l'ancien industriel Henrik Vanger sur la disparition d'Harriet, sa petite fille. Lisbeth Salander, une jeune virtuose de l'informatique, l'aide à mener à bien son enquête...

CRITIQUE

Il semble que David Fincher suive de près le modèle de Woody Allen ou Clint Eastwood en termes de rendement dans sa production de films. A peine un an et demi après la sortie du génialissime Social Network, le cinéaste prodige s’attaque à l’œuvre culte du Suédois Stieg Larsson, la saga Millénium. Un projet fondamentalement intéressant car permettant au réalisateur de revenir à ses premiers amours, le thriller, mais qui se heurte malgré tout à un arrière-gout opportuniste. En effet, la version Suédoise (de très bonne facture) n’est âgée que de trois ans à peine et a surtout réussi à être médiatisée grâce à la prestation magnétique de Noomi Rapace en Lisbeth Salander, laquelle lui permit d’accéder à Hollywood (Sherlock Holmes 2 étant son premier rôle dans un blockbuster américain). Mais ne nous y trompons pas, étant français nous sommes encore assez ouverts sur le cinéma étranger, tandis que les Américains ne le voient pas vraiment du même œil. De fait, le marché US était un vivier à prendre et il était probable que le film de Fincher ne souffrirait pas de l’impression de déjà vu. Le succès était donc -presque- garanti. Pourtant, à en croire les chiffres du box-office, Millénium n’a effectué qu’un démarrage très mou, réalisant sur les 2 premières semaines 60 millions de recette (pour un budget de 90). Des chiffres qui ne remettent apparemment pas en cause la possibilité de l’adaptation des deux volets suivants (dixit Sony), Craig et Mara ayant déjà signé pour jouer dans la trilogie.

Bref, passons les considérations sur oui ou non fallait-il faire le film, et penchons-nous sur l’œuvre en elle-même. D’aucuns diront qu’une telle adaptation entre les mains de David Fincher était du pain béni. L’homme à qui l’on doit sans doute le meilleur film policier de l’histoire (Se7en) et le monumental Fight Club est un habitué et un virtuose des ambiances poisseuses aussi, mettre en images cette enquête sur fond de meurtres de femmes n’était apriori pas très compliqué pour lui. Et il ne lui faut d’ailleurs pas trois minutes pour nous happer littéralement dans l’histoire grâce à un générique d’ouverture stupéfiant, sorte d’intro de James Bond en version trash sur une reprise tonitruante de Immigrant Song (Led Zeppelin) par Karen O., Atticus Ross et Trent Reznor. La claque arrive donc dès la minute une et force est de constater qu’elle ne s’effacera jamais malgré es 2h40 (oui oui) du long-métrage.

Même si pour les spectateurs ayant déjà vu le film Suédois la sensation de remake plane régulièrement, on ne pourra pas reprocher à Fincher de mettre au service de l’intrigue sa maitrise plastique indiscutable et son sens aigu du montage. Il s’approprie l’ambiance froide et neigeuse de la Suède pour installer tel un véritable virus une ambiance pesante autour de l’enquête. La musique composée par Trent Reznor et Atticus Ross joue à ce titre une place presque aussi importante que celle des acteurs puisque devient un élément central dans la perception que nous pouvons avoir de l’intrigue. Une intrigue justement, alors certes on la connait (pour beaucoup des –futurs- spectateurs) mais entre les mains du réalisateur, celle-ci trouve un écrin tout autre. En son cœur, deux personnages, Mikael et Lisbeth, un journaliste désavoué et une talentueuse hackeuse aux tendances gothiques. A travers eux, Fincher explore à nouveau les thèmes qui lui sont chers : la dénonciation des travers de la société, la paranoïa, la marginalité des Hommes et la violence psychologie et physique.

Daniel Craig (qui bénéficie ici un rôle sur mesure) nous livre une prestation très juste d’antihéros vieillissant. Il trouve ici un terrain de jeu qui lui permet de montrer une sensibilité qu’on ne lui connaissait pas, et pourra remercier Fincher pour sa direction d’acteur.s. Loin du costume de 007, il endosse le rôle du journaliste avec sincérité et donne au personnage une profondeur qu’on ne retrouvait à mon sens pas suffisamment dans la première adaptation. Mais la révélation du film et finalement le vrai argument de vente de ce Millénium, c’est bien Rooney Mara qui du haut de ses 26 ans transcende le rôle de Lisbeth Salander, et réussi le pari incroyable de faire oublier Noomi Rapace. Elle qui se revendique comme une jeune femme timide et réservée nous offre une prestation à la hauteur de l’attente que nous pouvions avoir. Hypnotisante, bluffante, les qualificatifs manquent pour décrire le panel de sensations qu’elle parvient à nous transmettre. On ne pourra s’empêcher de penser que ce personnage a été la vraie raison du choix du projet par David Fincher. Lisbeth bénéficie en effet de toutes les meilleures scènes, de tous les choix les plus audacieux du réalisateur, d’un montage tellement plus énergique. A contrario, le personnage de Mikael dispose des scènes les plus classiques, presque fades, exception bien-sûr de celles qu’il partage avec elle.

Il ne fait d’ailleurs aucun doute de la préférence de Fincher pour Rooney Mara qu’il place dès qu’il peut sur un piédestal tant son admiration pour le personnage crève l’écran. On retiendra notamment deux séquences remarquables : celle du vol et la récupération de son sac, véritable démonstration de cinéma, mais surtout la séquence du viol, pas celui qu’elle subit mais bien qu’elle inflige à son bourreau. Il s’agit là d’un monument de mise en scène et d’efficacité qui inondera l’écran de toute la colère du personnage . Deux rôles, deux histoires, deux mises en scène pour appuyer leur personnalité, traitement que l’on avait déjà pu voir dans Fight Club. La mécanique est identique, le résultat l’est tout autant.

David Fincher réussi avec Millénium les hommes qui n’aimait pas les femmes un nouveau classique instantané, une montée en tension continue qui ne souffre d’aucun compromis. On en attendait pas moins. Au-delà de l’intrigue qui n’est finalement qu’un prétexte, il nous propose une version personnelle du premier tome de la trilogie best-seller, transcende le matériau de base (ce que la version Suédoise ne faisait pas, se « contentant » de transposer avec intelligence les lignes de texte en image) et signe dès ce début d’année une des œuvres majeures de 2012. Ceci étant, qui en doutait ?


NB : Malgré toutes les qualités dont dispose Millénium, je m’interroge sur le fait que l’intrigue n’ait pas été transposée en Suède. Certes et c’est l’argument principal avancer par l’équipe, les racines de l’histoire sont profondément Suédoises mais malgré tout, on se pose la question dès les premières images du film. Quelque chose ne va pas, n’est pas cohérent, un peu comme si l’on nous forçait à croire à des personnages disons Bretons, et qu’ils étaient interprétés par Brad Pitt et Angelina Jolie, on n’y croirait pas beaucoup plus non plus. Fort heureusement, une fois la remarque faite, on se laissera entrainer dans l’histoire en oubliant ce point de détail. Mais l’idée même de délocaliser l’intrigue n’aurait à mon sens pas été dénuée d’intérêt.

A voir également, les photos de l’avant-première française en présence de David Fincher, Daniel Craig et Rooney Mara.

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