Affiche critique Melancholia

Melancholia

SYNOPSIS

À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...

CRITIQUE

Le contexte Melancholia est singulier, tout comme son auteur et réalisateur Lars von Trier. Déclaré personna non grata lors du dernier Festival de Cannes pour ses propos très limites lors de sa conférence de presse (je n’entrerai pas plus dans le détail de cette triste et pathétique affaire), le réalisateur a peut-être décerné sans le vouloir et par cette ultime provocation la palme d’Or à Terence Malick pour son Tree of Life, film qui était également très attendu mais qui n’a pas remporté l’unanimité presse et spectateur malgré la distribution grandiose. On ne refera pas l’histoire, intéressons-nous au film en lui-même.

En préambule, je précise que ma connaissance de l’œuvre de von Trier est limitée à Manderlay. Honte sur moi très certainement (les autres films sont programmés pour bientôt) mais c’est un fait, aussi c’est avec un regard « neuf » que j’ai pu apprécier Melancholia, en affranchissant ma perception de toutes références possibles et de replacement en contexte par rapport à ses réalisations antérieures.

Melancholia se découpe sur le papier en deux grandes parties à peu près égales du nom des deux sœurs au cœur de l’histoire, « Justine » et « Claire ». Elles sont encadrées par une ouverture plus qu’une introduction et par une conclusion amenant au nombre de quatre le découpage formel. L’ouverture nous permet d’entrer dans l’univers du film sans nous donner les clefs de compréhension. Succession de tableaux animés plus que de scènes au ralenti, elle permet au réalisateur d’instaurer la tonalité visuelle de son film tout en affichant l’issue apocalyptique inéluctable à savoir la destruction de notre terre par une autre planète par collision. Sur près de 10 minutes soutenues Wagner et son Prelude To Tristan and Isolde, von Trier nous happe littéralement dans cet univers en huit clos dans un manoir et son jardin, ne s’en éloignant que nous pour présenter quelques plans cosmiques. Filmés à très haute fréquence, ces « fresques » animées créées immédiatement un sentiment de malaise du fait des images de fins de du monde auxquelles elles renvoient.

En opposition directe avec les premières minutes, « Justine » s’ouvre sur des plans à l’épaule, volontairement très abruptes et présentant le personnage interprété par Kirsten Dunst se rendant à son mariage dans la demeure de sa sœur (Charlotte Gainsbourg), mariée à un riche scientifique (Kiefer Sutherland). Un mariage longuement préparé, très « tarte à la crème » dans sa forme, fourmillant de gens en costumes, le sourire forcée, et renvoyant l’image du mariage idéal, de celui que chaque petite fille a un jour rêvé. Mais bien vite les masques tombent, les langues se délient et le bonheur forcé disparait. Justine n’arrive pas à masquer son incapacité à être heureuse en dépit de tous les efforts faits de part et d’autre. Telle une bougie se consumant, elle tombe peu à peu au fil de la soirée dans une phase dépressive qu’elle semble bien connaitre, une dépression nourrie par les attitudes fondamentalement égoïstes de la plupart des invités, en premier lieu, ses parents dont la mère aigrie (Charlotte Rampling) ne saura cacher que très peu de temps son dégout pour l’institution du mariage.

On assiste donc passif à la descente aux enfers de la sœur cadette, une descente sans fin mais à l’issue d’ores et déjà connue. Von Trier semble avoir distillé toutes ses peurs, hantises et autres fantasmes à travers Justine, rendant le personnage particulièrement complexe à saisir mais qui se voit sublimer par Kirsten Dunst, nous prouvant qu’elle n’excelle jamais autant que dans ce type de rôle à fleur de peau, masquant une réelle tristesse derrière un visage idyllique et un regard d’une détresse infinie. Elle l’avait déjà prouvé dans Virgin Suicide, elle nous offre ici l’apothéose de son jeu, se donnant entièrement à son art. Sa palme pour la meilleure interprétation à Cannes n’était pas volée.

La seconde partie, si elle semble moins personnelle se révèle malgré tout la plus intéressante et l’exacte opposée de la première, même si les deux sœurs jouent un rôle important dans chacune des moitiés. Centrée sur le personnage de Claire, cette partie prend beaucoup plus en compte la menace pesante de la planète Melancholia sur la terre. De cette menace naissent des sentiments d’oppression et de libération croissants, forçant le croisement des états psychologiquse de Justine et Claire. Alors que la première trouve dans l’inéluctabilité de la fin du monde une source d’apaisement, la seconde perd petit à petit ses moyens, se rattachant à ses éléments stables les plus proches, son mari et son fils. Des parcours qui s’entrecroisent sans jamais évoluer réellement en symbiose, si ce n’est à l’ultime instant.

Ce final, sans surprise apocalyptique, traduit en un seul plan toute la volonté de von Trier et de Melancholia. Une fin hypnotique et infiniment dramatique que l’on contemple telle une grande peinture avec fascination et respect. Et quand vient l’instant de l’impact, on reste subjugué devant pareille beauté, nous faisant frapper en plein visage et en plein cœur par tout le talent et savoir-faire du réalisateur Danois. En une image, von Trier nous arrache les larmes des yeux avant de refermer son requiem et le voile des ténèbres.

Melancholia brille par les différentes thématiques abordées même s’il parait évident qu’il n’a pas encore livré tous ses secrets. Depuis la démonstration de l’impossibilité au bonheur jusque dans cette dualité permanente entre les deux sœurs, nourrie d’amour et de haine, Lars von Trier nous offre une œuvre rare et précieuse, qui sera à n’en pas douter longuement étudiée tant la richesse du fond et de la forme déborde d’imagination et de niveaux d’interprétation. Le résultat est impressionnant !

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Melancholia
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 4 À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...
À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...
Il a écrit cette critique...

Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...