Affiche critique L’Irlandais

L’Irlandais

SYNOPSIS

Boyle est un flic irlandais, flegmatique et solitaire, amateur de Guinness, de poésie et de prostituées à ses heures perdues. En poste dans un petit village de la côte irlandaise où il ne se passe jamais rien, il passe ses journées à faire respecter la loi... au pub local. Malheureusement pour lui, des trafiquants de drogue ont jeté leur dévolu sur cette région endormie comme base de leurs opérations... Le petit village irlandais va bientôt se retrouver au cœur d’une importante opération anti-drogue menée par le FBI ! Les mauvaises nouvelles n’arrivant jamais seules, Boyle doit se coltiner l’agent Everett, un super agent du FBI déterminé et maniaque dépêché sur place... Certes, les procédures de l'élite du FBI diffèrent de celles du flic bedonnant, peu zélé et "politiquement incorrect"... Mais après tout, la méthode "locale" pourrait bien fournir des résultats inattendus !

CRITIQUE

Si le nom de Mc Donagh ne vous est pas étranger, c’est probablement que vous avez été interpelé par Bons Baisers de Bruges, géniale comédie dramatique réalisée par Martin McDonagh et sortie il y a quelques années. Ici, point de Martin derrière la caméra mais son frère, John Michael qui signe avec L’Irlandais son premier long-métrage après une carrière comme scénariste (on lui doit notamment Ned Kelly avec Heath Ledger). Et si le ton décalé trouve des similitudes évidentes avec le registre de Bons Baisers de Bruges, force est de constater que l’Irlandais s’inscrit très clairement un niveau en dessous même si le succès au pays du trèfle a été total.

L’intrigue se déroule dans la campagne Irlandaise avec au centre de l’histoire, un flic pas comme les autres, Boyle (génial Brendan Gleeson). Bougon, étroit d’esprit, raciste, adepte des visites féminines rémunérées et ayant un léger penchant pour la drogue, il est ce qu’on appelle couramment une erreur de casting pour faire respecter la loi, à la fois choquante et pathétique. Pour lui, une bonne journée démarre par un bon gros crash de voiture avec quelques morts, histoire de récupérer ni vu ni connu les pilules des junkys. Une attitude de rebelle qui témoigne à l’instar des journées passées au pub de l’ennui mortel du personnage. Un ennui bientôt bouleversé par l’arrivée de trafiquants qui projettent de faire du bled pommé leur nouvelle base d’arrivage de leur marchandise. Une arrivée suivie de près par le FBI et notamment par l’agent Everett (Don Cheadle) qui devra apprendre à connaitre les autochtones du coin.

La trame scénaristique est donc d’un classicisme évident puisque nous retrouvons un schéma bien connu au cinéma. Un personnage vit dans un train-train quotidien lorsqu’un élément perturbateur va le mettre en défaut et l’obliger à révéler de vraies qualités pour triompher. Et dans cette bataille qu’il livrera, il sera aidé par un allié aux points communs presque inexistants. Une logique éculée mais toujours efficace si elle se trouve confiée entre de bonnes petites mains.

Malheureusement, si le film de John Michael Mc Donagh dispose d’arguments intéressants, notamment dans la consistance du personnage principal, le jeune réalisateur n’arrive jamais à élever le propos au-delà de la comédie noire juste gentillette. Tout le poids (sans jeu de mots) de la réussite de l’Irlandais tient sur les épaules de Brendan Gleeson qui arrive à composer un personnage dont on ne sait jamais s’il est totalement débile ou suprêmement intelligent. Tout un art et un programme !

Il devient à lui seul l’argument de vente et le leitmotiv à découvrir une intrigue policière fondamentalement creuse ou, en tout cas, pas originale pour un sous. Don Cheadle nettement plus en retrait contrebalance malgré tout avec brio un Gleeson en roue libre et permet au duo d’honorer la digne lignée des binômes de flics atypiques mais hilarants comme le pouvaient l’être Mel Gibson et Danny Glover dans l’Arme Fatale ou encore Ben Stiller et Owen Wilson dans Starsky et Hutch.

A défaut d’avoir un fond vraiment intéressant hormis les protagonistes principaux, l’Irlandais bénéficie d’une forme irréprochable. La photographie (récompensée au dernier Festival de Dinard) nous projette dans ces décors reculés de l’Irlande où l’on peut découvrir le Connemara, vif, sauvage, véritable. Une région où le réalisateur prend visiblement plaisir à mettre en images certaines idées reçues (à tort ou à raison) sur la population locale, sa dépendance à la Guiness, sa haine des anglais (ils parlent Gaélique, pas Anglais) mais aussi des Dublinois. Tout cela mêlé à un humour noir omniprésent et au politiquement incorrect général permet au film de Mc Donagh de conserver son capital sympathie jusqu’à l’issue de notre enquête policière.

Sympathique, c’est sans doute le mot qui convient le mieux à l’Irlandais, gentille comédie policière noire que l’on oubliera rapidement et qui, contrairement à Bons Baisers de Bruges, ne sera probablement jamais citée en tant que référence. On en attendait clairement plus.

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