Affiche critique L’Exercice de l’Etat

L’Exercice de l’Etat

SYNOPSIS

Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet.
Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas le choix.
Ainsi commence l’odyssée d’un homme d’Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile.
Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique…
Tout s’enchaîne et se percute. Une urgence chasse l’autre.
A quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ?
Jusqu’où tiendront-ils, dans un État qui dévorent ceux qui le servent ?

CRITIQUE

Alors que la Présidentielle 2012 n’est plus qu’à quelques mois et que les Universités d’été du PS viennent de se terminer et occupent l’essentielle de l’actualité médiatique, j’ai pu découvrir il y a à peine quelques jour l’étonnant « L’Exercice de l’état », impressionnante peinture politique portée au cinéma. Pourtant, le film de Pierre Schoeller pourrait, à la lecture du synopsis, en laisser plus d’un de marbre en raison de son sujet : le quotidien du Ministre des transports. Dit comme cela et au regard de la conjoncture actuelle, pas très motivant. Mais derrière une promesse toute simple se cache en réalité un véritable thriller politique, avec ses rebondissements, ses traitrises, ses choix de carrières, coups bas et autres trahisons, le tout teinté d’une légère couche romanesque des plus intéressantes.

On suit donc dans l’exercice de ses Bertrand Saint-Jean, Ministre de la République, travailleur, motivé et appliqué à la tâche. Même si le film ne parle jamais de droite ou de gauche, on devine aisément que le gouvernement en place, notamment par les prises de paroles multiples du 1er Ministre tend à la droite libérale, tandis que notre homme serait plutôt centriste. De cette différence d’opinion naitront les inévitables retournements de vestes qui incombent aux Ministres. Ainsi, la réforme des gares pour leur privatisation, projet auquel Saint-Jean est farouchement opposé, va finalement être l’une des priorités du Gouvernement mettant en porte à faux notre homme et ses déclarations.

Cette question sur les gares va être l’un des « soucis » fil rouge du film, celui par lequel le réalisateur va réussir à distiller toutes les facettes d’un homme et de son arbitrage quotidien entre convictions personnelles, biens pour la République, et enfin tactiques gouvernementales visant à sécuriser les sondages à l’approche des prochaines élections.

L’exercice de l’état est une peinture habile et particulièrement juste du quotidien des hommes et femmes qui nous dirigent, incarnés l’instant d’un film par cet archétype qu’est Bertrand Saint Jean. Schoeller évite soigneusement les écueils qui pourraient desservir le propos en ne laissant jamais transparaitre une orientation politique prononcée ou une morale quelconque, car si l’on parle inexorablement de politique, ce n’est qu’à travers l’homme et son entourage, élément d’ailleurs essentiel dans la réussite générale du film. Michel Blanc que l’on n’avait pas vu depuis quelques temps est absolument idéal dans ce rôle de Directeur de cabinet, ancien préfet et homme de l’ombre tandis que Zabou Breitman, même si elle se révèle plus discrète campe une chargée de communication des plus convaincantes.

Mais la palme revient sans aucune ambiguïté possible à Olivier Gourmet, totalement à fond dans le rôle de ce Ministre des transports, arrivant à créer autour de son personnage une réelle fascination. Il incarne à la perfection les différentes « casquettes » de cet homme, depuis l’image publique qu’il doit renvoyer, aux échanges et discussions de militant une fois dans son cabinet, en passant par les tendances légères à la boisson dans les moments de solitude. Un panel d’émotions particulièrement prenant car très justes et qui n’a de cesse de mettre en exergue les éternels grands écarts que proposent tout au long de l’année nos dirigeants.

Parfois à la limite du documentaire, le film de Pierre Schoeller se montre particulièrement didactique dans l’art de décortiquer les rouages de notre gouvernement sans jamais tomber dans l’excès ou la caricature de mauvais gout. Tous ces personnages fictionnels renvoient inexorablement à nos politiques car même si cela fait partie du jeu, derrière les titres de ces représentants de l’état et du peuple se cachent des hommes et des femmes, aux parcours brillants et aux ambitions élevées.

Dès lors, et ce film tend une nouvelle fois à le montrer, le bien de l’état se voit souvent mis en équilibre avec les ambitions personnelles, de soi-même, et bien souvent, d’haut dessus. Malgré son heure cinquante, L’Exercice de l’Etat se révèle passionnant de bout en bout, depuis son introduction quasi Kubrickienne jusque dans le quotidien parfois malheureux (l’accident de car) ou stratégique (lors des discussions sur la privatisation des gares).

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