Affiche critique Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

SYNOPSIS

Parce qu’il achète la maquette d’un bateau appelé la Licorne, Tintin, un jeune reporter, se retrouve entraîné dans une fantastique aventure à la recherche d’un fabuleux secret. En enquêtant sur une énigme vieille de plusieurs siècles, il contrarie les plans d’Ivan Ivanovitch Sakharine, un homme diabolique convaincu que Tintin a volé un trésor en rapport avec un pirate nommé Rackham le Rouge. Avec l’aide de Milou, son fidèle petit chien blanc, du capitaine Haddock,un vieux loup de mer au mauvais caractère, et de deux policiers maladroits, Dupond et Dupont, Tintin va parcourir la moitié de la planète, et essayer de se montrer plus malin et plus rapide que ses ennemis, tous lancés dans cette course au trésor à la recherche d’une épave engloutie qui semble receler la clé d’une immense fortune… et une redoutable malédiction. De la haute mer aux sables des déserts d’Afrique, Tintin et ses amis vont affronter mille obstacles, risquer leur vie, et prouver que quand on est prêt à prendre tous les risques, rien ne peut vous arrêter…

CRITIQUE

Un nouveau Steven Spielberg est toujours un événement en soi. L’un des plus grands (si ce n’est le plus grand) réalisateur américain n’avait rien réalisé depuis le dernier Indiana Jones aussi, lorsque le projet TINTIN fut véritablement lancé, beaucoup de fans attendaient le –vrai- retour du maître… Et quel retour… Fracassant, au sommet, magistral ! Tous les qualificatifs sont bons d’autant que je n’attendais « qu’un bon film ». Loin de moi l’idée d’imaginer un tel uppercut pour cette adaptation de l’œuvre d’Hergé dont je ne n’étais pas spécialement fan à l’origine.

Les signes avant-coureurs d’une telle réussite étaient pourtant évidents. Une association Spielberg / Jackson (un condensé de génie cinématographique), les équipes de WETA pour l’animation et la performance capture (celles-là même qui firent d’Avatar l’expérience que l’on connait), le fidèle John Williams à la musique, Steven Moffat, Joe Cornish et Edgar Wright au scénario et enfin, un projet muri depuis près de 30 ans. Car que les mauvaises langues traitant Spielberg d’opportuniste se ravisent, ce dernier avait contacté Hergé dès 1983 et obtenu son aval pour la mise en scène du projet. Mais la mort de ce dernier et la technologie non aboutie repoussa le film à une date ultérieure.

La patience étant une vertu, c’est donc en 2011 que ce premier volet (des deux prévus) sortira en salles et le carton est d’ores et déjà annoncé. Car ne gardons pas la surprise plus longtemps, TINTIN s’inscrit immédiatement comme l’un des meilleurs films (si ce n’est meilleur ?) de l’année. Un pur condensé de bonheur, d’hommage sincère, de prouesse technologique, et surtout une leçon de cinéma par le maître, qui s’approprie totalement la caméra virtuelle de la performance capture pour une mise en scène virtuose.

TINTIN et le secret de la licorne n’est pas l’adaptation exacte de la bande-dessinée éponyme. Si l’histoire reprend les éléments principaux de sa trame, elle mixe habillement pour mieux enrichir le récit d’autres albums tels le Crabe aux Pinces d’Or et le Trésor de Rackham le Rouge. Sur le fond, pas beaucoup de surprise donc et si le scénario ne souffre pas de failles, on saura lui reprocher peut-être un manque de prise de risque pour moderniser l’ensemble et surprendre les fans de la première heure sans pour autant trahir le matériau d’origine. Ça s’était pour la seule remarque possible un peu négative que l’on peut concéder au film avec peut-être un manque de souffle épique dans le bande-originale de Williams.

Tout le reste n’est que réussite absolue à commencer par l’hommage sincère à l’œuvre d’origine. Depuis la scène d’ouverture qui donne le ton à l’ensemble et saura s’attirer la sympathie des fans méfiants jusque dans les détails des décors et surtout l’âme des personnages, rien ne trahi le chef d’oeuvre d’Hergé. Même si nous ne sommes pas dans une transposition case par case (à l’image d’un 300 par exemple), l’essence de TINTIN n’est jamais altérée et c’est avec un plaisir fou que nous savourons minute après minute les aventures et en l’occurrence cette chasse au trésor du reporter légendaire.

Car non content de savoir que le public maitriserait par avance les tenants et aboutissants du scénario, Spielberg se fait plaisir dans sa réalisation en expérimentant les limites de la performance capture notamment dans la manière de concevoir ses mouvements de caméra. L’objet lourd et les contraintes de la physique en moins, celui qui invita le concept même de blockbuster redéfini ici de nouvelles bases de story-telling avec non pas un plan mais bien tout un film filmé de manière proprement hallucinante. Plans séquences sidérants de 10 minutes, mouvements de caméras impossibles et jamais vus au cinéma, gestion des flash-backs à tomber lors de la remémoration de la bataille navale entre l’ancêtre d’Hadock et Rackham le Rouge… Spielberg est allez loin, très loin et frappe surtout très fort. La technologie sert ici le récit sans tomber dans le piège inverse. Que les réalisateurs adaptes du découpage épileptique en prenne de la graine, Spielberg nous livre à plusieurs reprises des scènes d’une intensité rare, sans jamais nuire à la lisibilité de l’ensemble. Un autre passage phare interviendra lors d’une course poursuite dans les rues de Bagghar à sidecar rappelant sans se cacher les meilleures scènes de la saga Indiana Jones. Hommage et modernité, le résultat ne peut qu’être applaudi des deux mains. La surenchère de tout est salvatrice et lorsque l’on pense avoir fait le tour des possibilités visuelles, le réalisateur multi oscarisés reprend une nouvelle fois tout le monde de court et monte encore d’un cran sa mise en scène sans faillir.

Comme le reste la 3D s’oublie dès les premières minutes pour devenir naturelle et parfaitement intégrée. Si elle ne transcende rien, elle apporte cette profondeur de champs supplémentaire qui trouve toute sa justification par la réalisation générale. TINTIN est le premier film depuis AVATAR à utiliser tout son potentiel technologique pour imaginer une nouvelle expérience cinématographique. Et si comme moi les photos ou les bandes-annonces vous laissaient un sentiment bien étrange, ne vous y fiez pas, le rendu une fois en salles ne peut tout simplement pas y être comparé. On y vit autre chose ! Du design des personnages qui avait beaucoup fait parler à l’animation (est-ce que le mot fait encore sens ?) ne souffrant d’aucune erreur, tout s’harmonise sans friction pour un résultat homogène dès le générique d’ouverture. L’interprétation des acteurs derrières les visages numériques est palpable et même si le traité reste un choix entre réalisme et BD, les plus infimes détails se ressentent à chaque plan, tels ces micro-poils de peau à peine perceptibles ressortant à la lumière lors d’un plan en contre-jour.

On pouvait s’attendre à un blockbuster réussi de la part du duo Spielberg / Jackson mais rien ne nous préparait à ça. Cette adaptation de TINTIN au cinéma est une mastria bluffante, dépassant largement les espérances les plus folles. Un mot : phénoménal ! Prochain objectif : le voir en IMAX 3D.

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