Affiche critique La Dame en noir

La Dame en noir

SYNOPSIS

Arthur Kipps, jeune notaire à Londres, est obligé de se rendre dans le petit village perdu de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Dans l’impressionnant manoir de la défunte, il ne va pas tarder à découvrir d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars…

CRITIQUE

La Hammer. Ce grand studio de production mythique de films d’horreur et fantastiques des années 50 à 80 a marqué des centaines de films, inspiré les plus grands et révélé au monde de nombreuses pointures, aujourd’hui encore les meilleurs ambassadeurs de l’histoire de cette maison tel Christopher Lee ou Peter Cushing. Si au début des années 80 le studio a suivi le mouvement de la télévision, ce n’était qu’un dernier souffle avant de s’éteindre pendant presque 30 ans.  Pourtant, depuis environ 2 ans, le studio renait de ces cendres en proposant du bon et du moins bon, en témoignent Laisse-moi entrer, La Locataire ou encore Wake Wood.

Bref, un retour en demi-teinte aussi, lorsque le projet de la Dame en Noir (adaptation du roman de Susan Hill) fut annoncé et que nous avons commencé à recevoir les premières photos, nous ne pouvions que nous réjouir tant le film semblait alléchant sur le papier. Et cette fois-ci, on peut dire que l’essai s’est vu transformé et honnêtement, de la plus belle des manières !

Si La Locataire se déroulait à notre époque, La Dame en noir est ce que l’on peut considérer un film d’horreur d’époque à l’ancienne. Tous les ingrédients qui nourrissent l’histoire des grands films d’épouvante et alimentent notre imagination s’y retrouvent et, en dépit de leur aspect parfois très traditionnels, fonctionnent réellement à merveille, provoquant un panel de frissons, sursauts et autres réactions épidermiques. Car l’immense qualité du film de James Watkins (réalisateur du non moins excellent Eden Lake) est qu’il permet un véritable retour aux sources du film d’horreur, tant dans sa construction, dans sa narration, dans la photographie à mi-chemin entre Sleepy Hollow et Les désastreuses aventures des Orphelines Beaudelaires que dans ses jump scares classiques mais d’une efficacité rare. Une simplicité salvatrice à l’heure où les hectolitres de sangs, les têtes charcutées et autre massacres semblent être les seuls leviers pour ramener le public en quête de sensations fortes dans les salles. Ici, nous sommes face à une réelle proposition de cinéma, avec toute la classe et la sobriété qu’elle sous-tend pour un film de ce genre.

L’histoire scénarisée par Jane Goodman (une fidèle expatriée de chez Matthew Vaugh ayant notamment écrit X-Men: Le Commencement mais aussi Kick-Ass) rend ici un hommage évident à tous ces grands films de frissons qu’a pu connaitre le cinéma de genre à ces heures de gloire. Elle suit les traces du jeune mais pourtant déjà père et veuf Arthur Kipps qui, au bord du précipice psychologique se voit imposer une mission de vente d’un vieux manoir. Mais les choses ne semblent pas ce qu’elles paraissent et ce manoir semblent être synonyme de mort pour quiconque s’en approche de trop près. Les ingrédients sont là, manoir, fantômes, psychose, paranoïa… et permettent à cette œuvre tout en symboles de fonctionner particulièrement bien. Une réussite largement portée par un Daniel Radcliffe incroyablement à l’aise en homme plus mur, hanté par le décès de sa femme et la perte d’envie d’avancer, bien loin du rôle de Harry Potter.

Et si par certains aspects « fantastiques » les films peuvent être rapprochés, le fait est que ce rôle est d’une certaine manière la façon pour l’acteur de dire adieu au personnage du sorcier. La dame en noir marque une étape importante dans sa carrière, un tournant, c’est un message envoyé aux fans du monde entier qui devront maintenant voir à travers Danielle Radcliffe non plus Harry, mais bien un acteur, un vrai, capable d’endosser des rôles très éloignés du personnage auquel ils étaient rattachés. Et dans ce registre, si l’on pouvait émettre quelques doutes avant la séance, on ne peut que lui faire nos éloges. Il ne faut pas 10 minutes pour que le travail mental soit fait et qu’il ne devienne vraiment Arthur, sans difficulté. Le maquillage aidant, il endosse ce rôle pourtant complexe avec aisance, retenue et talent ! Pourtant, au regard de la construction du film, la chose n’était pas aisée, notamment la seconde partie presque muette qui permet à Radcliffe de montrer à tous l’étendue de son jeu.

Les cyniques trouveront à redire sur le fait que le film peut, par moment être prévisible, voire qu’il n’apporte rien de vraiment nouveau. Mais bien au contraire, c’est dans ce respect d’une certaine tradition qu’il tire sa véritable force. En puisant ses racines dans les bases fondatrices du genre mais en étant couplé à une mise en scène astucieuse, forte de plusieurs trouvailles visuelles intéressantes, la Dame en noir se révèle être un film fondamentalement convaincant. Convaincant par son rendu final, plastique, et convaincant pas la maîtrise évidente de son réalisateur, y compris lors de séquences parfois complexes en terme de direction (cf : la séquence boueuse dans la seconde moitié du film). La montée en tension et l’oppression physique sont crescendo pour au final vous mettre les nerfs à cran sur tout le dernier tiers du film qui, à coup sûr, vous fera vous méfier du moindre mouvement de votre voisin de siège.

Blague à part, lors de l’avant-première, les départs –de stress- se compter largement à plus de 10 tandis que les cris, voire les hurlements étaient réguliers. Car il ne faut pas oublier une chose essentielle, peut-être la chose la plus importante de toute et ce pourquoi il faudra aller voir ce film. La Dame en noir fait peur, vraiment peur ! Et un film d’horreur à l’ancienne de cette qualité-là, on serait heureux d’en voir plus souvent. Une excellente surprise doublée d’une vraie réussite !

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