Affiche critique Detachment

Detachment

SYNOPSIS

Henry Barthes est un professeur remplaçant. Il est assigné pendant trois semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise. Lui qui s’efforce de toujours prendre ses distances va voir sa vie bouleversée par son passage dans cet établissement...

CRITIQUE

Primé au dernier Festival de Deauville (contexte dans lequel je l’avais découvert) pour le prix Cartier et le prix de la critique internationale, Detachment marque le retour de Tony Kaye derrière la caméra après avoir marqué les esprits pour son American History X devenu culte. Tout au long de sa carrière, le réalisateur n’a eu de cesse de s’attacher à la peinture sociétale de manière choc, souvent viscérale, systématiquement marquante. En témoignent ses premières réalisations, moins médiatisées, telles Lake of Fire ou Black Winter Transit qui  abordaient les sujets de l’avortement ou de l’environnement. Et si Detachment se concentre quant à lui sur le thème de l’éducation américaine, il se révèle tout aussi efficace, porté par une désillusion et un désespoir récurrents devant le constat pourtant fictionnel qui nous est donné voir.

En suivant le professeur remplaçant Henry Barthes (Adrien Brody idéal !) au sein d’un lycée réputé dur, Tony Kaye évoque les problématiques qui font régulièrement les gros titres des journaux de TV, quand bien même ils soient ici un poil caricaturaux.  Une vision qui est ici portée par le point de vue du professeur, dont le moteur principal et la manière de tenir dans ce contexte mentalement difficile s’avèrent être le détachement émotionnel porté à son paroxysme. Une distance à laquelle il tient plus que tout, carapace invisible lui permettant d’affronter plus que former sa classe au quotidien. Défié en permanence par un groupé mené par des jeunes très violents, en quête eux aussi de but et de sens à leur vie, la journée ressemble à un challenge permanent, guerre psychologique (parfois physique) que le corps enseignant ne supporte pas toujours (l’explosion de Lucy Liu étant le symbole de cet effet cocotte-minute  l’issu inéluctable).

Mais la force de Detachment ne se situe finalement pas dans la présentation d’un milieu scolaire américain en perte de repères pour les milieux les moins aisés mais vraiment dans l’appréhension de cet environnement par le biais de son personnage central. En effet, nous suivrons Henry Barthes également sur un plan plus personnel, volet à mon sens le plus prenant car permettant une mise en perspective bien plus intéressante de l’ensemble une fois certaines clefs de lecture acquise. Un volet personnel qui tend à amplifier la fragilité du personnage, sa sensibilité à fleur de peau et son profond humanisme malgré une image renvoyée toujours distante vis à vis de son environnement proche ou éloigné. Ainsi, l’accueil d’une jeune prostituée de 15 ans (Samy Gayle excellente) à son domicile parait parfaitement réaliste au regard du modèle de vie qu’il s’inflige, ou respecte, au choix.

Respectant une construction linéaire, Detachment fait néanmoins l’objet de quelques originalités graphiques et de montage de la part du réalisateur, notamment par l’utilisation de dessins animés façon Bowling for Columbine ou encore d’interviews en noirs et blancs de vrais professeurs américains dans une situation identique au personnage d’Henry. Un mélange des genres apportant un aspect documentaire à une œuvre pourtant fictionnelle même si elle s’inspire évidement de faits réels divers et variés. Flirtant en permanence avec un (trop plein de) misérabilisme de situation (la relation avec le père de Henry Barthes étant de mon point de vue inutile d’un point de vue narration), Detachment se révèle malgré tout fondamentalement puissant, prenant, presque étouffant. On ressort de la salle le ventre noué, le cœur serré et avec cette sensation similaire à American History X d’avoir pris un coup de masse en pleine tête. S’il trouvera de par son sujet et son traitement un peu trop coupe-morale beaucoup de détracteurs qui y verront une critique parfois un peu simplette, il n’en demeure pas moins une œuvre originale dans la parfaite lignée des précédentes réalisations de Tony Kaye. A voir (en connaissance de cause).

 

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