Affiche critique [Critique] – Total Recall Mémoires Programmées (2012)

[Critique] – Total Recall Mémoires Programmées (2012)

SYNOPSIS

Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?

CRITIQUE

On nous l’a vendu comme une réinterprétation de la nouvelle Souvenirs à vendre de Philip K. Dick.plutôt que comme un remake du fabuleux film de Verhoeven. L’un dans l’autre, cela ne sauvera pas ce Total Recall baptisé Mémoires Programmées de l’hécatombe la plus totale. Ne nous mentons pas, en réutilisant le titre phare d’une œuvre cinématographique culte des années 90, Hollywood pensait une nouvelle fois faire tourner la planche à billets façon « easy money » et transformer l’œuvre ambiguë du Néerlandais pour en faire un produit mainstream sans saveur. La preuve est donc à nouveau faite que le manque d’imagination continue d’affecter, que dis-je, de gangrener les productions récentes, préférant miser sur une histoire déjà connue (un  super-héros, un remake…) plutôt que de tenter l’aventure depuis zéro, surtout lorsque l’on confie près de 150 millions de dollars à l’équipe. Le film de Len Wiseman s’inscrit sans mal dans la série des remakes grotesques et parfaitement inutiles déjà fortement marquée par The Amazing Spider-Man sorti en ce début d’été.

Vous pourriez vous dire en lisant ces premières lignes que je tire sur l’ambulance. Et bien non, car malgré les mauvaises critiques du film, je pensais y découvrir non pas un concurrent de l’original mais à minima un divertissement bourrin, à peu près sympathique ou intéressant à suivre. Le problème est qu’au-delà d’être un remake tout à fait médiocre, Total Recall Mémoires Programmées est avant-tout un mauvais film, moche, pénible à suivre, mal joué et d’un intérêt flirtant avec le négatif. Arriver à un résultat si pathétique à partir d’un matériau brut comme la nouvelle de K. Dick. semblait ardu. Et pourtant, Len Wiseman (Underworld, Die Hard 4) et sa bande ont réussi à annihiler la substance essentielle de l’œuvre, les seconds niveaux d’interprétation et tous les détails qui en faisaient un grand moment de science-fiction, pour obtenir une pauvre course poursuite débile de deux heures. Et ce qui entre quelques mains habiles aurait pu à la limite convenir, se trouve ici particulièrement fade, la faute à un faiseur qui n’a visiblement rien compris de la substantifique moelle du discours de fond, et qui prend un malin plaisir à lisser tout ce qui faisait la saveur du livre et du film premier du nom. Exit Mars, exit les mutants tirant vers les freaks, exit la sensualité et l’érotisme de Sharon Stone, exit les morts frontales par Schwarzi, exit les scènes qui choqueraient les enfants, exit les répliques qui tuent. Mis à part quelques décors en matte painting présentant l’extérieur bien sombre des villes après la catastrophe chimique, le film n’a aucune d’aspérité et se déroule selon le scénario bien mal travaillé de Kurt Wimmer (à qui l’on doit pourtant le très bon Equilibrium).

Bien sûr, la trame narrative de fond reste identique et présente le fameux Doug Quaid, ouvrier marié à une jeune femme pulpeuse dont la vie professionnelle n’a guère d’intérêt. La société Rekall devra lui implémenter de beaux souvenirs mais lorsqu’il choisit d’être agent secret le temps d’un rêve, tout dérape… S’il redéfinit le statut de quelques personnages notamment pour laisser une place importante à Kate Beckinsale dont le rôle fusionne ceux de Sharon Stone et de Michael Ironside, l’histoire est foncièrement identique même si Mars est remplacée par l’Australie (et oui…). Et c’est bien là les soucis, comment faire d’un film à twist un remake en espérant intéresser le grand public ? A cette réponse qui visiblement n’a pas posé trop de soucis, Len Wiseman répond par la révélation de l’intrigue très rapidement, des lens-flare insupportables à chaque plan, et surtout une action décébrée à laquelle Colin Farell tente d’apporter l’once d’un jeu d’acteur sans y arriver. Cette version de Total Recall n’a semble-t-il pas bien assimilé le concept de film qui peut, si besoin, recourir à l’action pour raconter une histoire, et en aucun cas l’inverse. Ici, entre deux courses à pieds, en voitures, seul, en binôme etc…on tente quelques pauses pour vite fait bien fait laisser échapper deux ou trois éléments de l’intrigue, quelques informations politiques mais guère plus. L’essentiel est simplement supprimé pour au final aboutir sur un machin chose dont l’unique but est d’aller d’un point A à un point B en faisant si possible tout péter sur son chemin. L’apothéose de l’absurdité étant probablement le grand combat final à même la carlingue d’un vaisseau qui doit se déplacer à environ 100 000 km / heure, sans que le moindre cheveux des acteurs ne bouge un minimum…

Dans cette débandade scénaristique, le casting tente de faire du mieux possible et c’est peut-être Jessica Biel qui s’en sort le mieux. Pourtant délaissée par Len Wiseman plus amusé à filmer sa femme en culotte, elle apporte un petit quelque chose à son personnage qui en fait certainement (mais ce n’était pas très dur) le plus intéressant de l’histoire. Colin Farell tente l’impossible mais passer derrière Schwarzi relève de l’utopie tandis que Kate (Wiseman) Beckinsale nous livre sans aucun la pire interprétation de sa carrière. Un ersatz hilarant de femme fatale, ridicule du début à la fin avec sa mono-expression et sa plastique pour seuls atouts, et dire que son rôle a été revu pour allonger son temps de présence… Total Recall Mémoires Programmées est une véritable honte, un produit se moquant de son public, aseptisé, mal produit, mal joué, mal écrit, mal monté et mal réalisé. Le trouble schizophrénique au cœur de l’œuvre n’a visiblement pas intéressé grand monde au point de lui préférer le bruit des machines futuristes du film et les tirs de pistolets, une vraie catastrophe. Devant pareil résultat, on pleure déjà de savoir que Starship Troopers et Robocop sont en train d’être remakés…tristesse…

[Critique] – Total Recall Mémoires Programmées (2012)
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 1 Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?
Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...