Affiche critique [Critique] – The Amazing Spider-Man (2012)

[Critique] – The Amazing Spider-Man (2012)

SYNOPSIS

Peter Parker trouve une piste lui permettant de lever le voile sur la disparition de ses parents, alors qu'il n'était encore qu'un enfant...

CRITIQUE

Je me souviens encore de ce soir-là. Un jour avant, des rumeurs insistantes annonçaient John Malkovich dans le rôle du vautour pour Spider-Man 4.  Il a pourtant suffit de quelques heures pour que le drame se propage. Sam Raimi quittait l’aventure, la franchise allait être rebootée, de nouveaux acteurs, de nouvelles histoires. Je crois que rarement je n’ai autant insulté un studio de cinéma qu’après avoir été mis face à cette nouvelle. En tant que fan de la trilogie Spider-Man, ce reboot de l’araignée était pour moi une ex-croissance sur laquelle vomir ma haine revêtait quelque chose de moral, presque citoyen au regard du fait que le studio nous prenait vraiment pour des crétins.

Mais bon, à rechigner dans son coin on n’avance pas beaucoup donc quitte à devoir découvrir un nouveau Spider-Man, autant essayer de se mettre dans les meilleures conditions possible pour l’apprécier. C’est donc dans cet état d’esprit que j’ai découvert The Amazing Spider-Man de Marc Webb (réalisateur de (500) jours ensemble) lors de l’avant-première au Grand Rex il y a quelques heures. Un esprit ouvert certes mais gardant en mémoire que le marketing a essayé de nous le vendre « l’histoire jamais racontée ». Un pari audacieux mais qui pouvait contenir son lot de surprises d’autant que lorsque nous avions découvert 10 minutes du film il y a plusieurs mois, notre jugement n’avait pas été si négatif que cela. Alors quid de ce nouveau film ? Véritable catastrophe ? Saccage d’un personnage mythique, bonne surprise ou véritable claque inattendue, la réponse dans les lignes qui suivent…

Qu’on se le dise en face. The Amazing Spider-Man est le film que les fans du super-héros craignaient. Et pas uniquement les fans de la trilogie Raimi d’ailleurs, mais simplement les spectateurs qui ont été habitués à un traitement de qualité fait par un amoureux du personnage. Un travail tant sur le fond que sur la forme qui imposait à ce reboot d’être à minima au même niveau pour que la magie opère. Sauf que lorsque dans le cas original la passion d’un personnage aussi iconique que Spider-Man transpersait l’écran, le nouveau film de Marc Webb respire à plein nez la cash machine en omettant l’essentiel : le fait que Spider-Man soit un super-heros. Pourtant, ce jugement post-générique ne peut être adressé à l’ensemble du métrage qui contient malgré tout un certain nombre de choses plutôt positives m’ayant même fait douter pendant la première heure.

L’histoire jamais racontée démarre bien évidemment à la toute base c’est-à-dire avec un Peter Parker affranchi de tout pouvoir. On découvre l’étudiant geek, brillant et pas forcément bien intégré au lycée. Mais il faut bien marquer le territoire et du film et ne pas tomber dans la redite. Le scénario développe ainsi bien vite une étrange affaire liée à des recherches scientifiques sur des araignées que le père de Peter orchestrait jadis. Des recherches qui reviennent au premier plan lors de la découverte d’une sacoche cachée et qui mèneront l’adolescent directement chez Oscorp Enterprise à la rencontre du Dr Connors, futur Lézar. Les piliers de l’univers du personnage se posent progressivement et la romanche avec Gwen Stacy est initiée non sans talent (MJ Watson n’étant pas présente dans le film). Et même si cela se révèle surprenant, cette première partie fonctionne vraiment bien. Peter Parker en la personne d’Andrew Garfield demeure crédible dans la recherche de ses origines et dans l’appréhension de ses pouvoirs suite à la fameuse piqûre tandis que la jolie Gwen (Emma Stone) nous offre une prestation convaincante quoi que trop peu présente. Développant avec bonne humeur et humour son histoire sans oublier les enjeux pivots de la suite, Marc Webb convainc pendant près d’une heure allant même jusqu’à faire espérer une très bonne surprise pour la suite. Les gentilles émotions sont là même si lors de quelques passages censés être des fondamentaux de toute la mythologie du personnage, le film se loupe dans les grandes largeurs (la mort de l’oncle Ben est à ce titre un bien triste exemple tant rien n’en ressort). Malgré tout, l’empathie est présente et le terreau pour développer la suite du divertissement semble à peu près idéal. Seulement voilà, si l’ascension progressive doit être saluée malgré des couacs pas vraiment anodins, elle vient appuyer un peu plus l’évidence qui s’imposera dans l’heure qui suit : une erreur de casting évidente du côté de la réalisation plutôt que du coté des acteurs.

Car il ne faut pas perdre de vue le titre du film. The Amazing Spider-Man. Un personnage iconique, héroïque, un véritable symbole qui doit être honoré par une réalisation à la hauteur de l’amour que les spectateurs lui portent. Et là, bien malgré lui, Marc Webb lâche prise (sans jeu de mots) et n’arrive jamais à maîtriser la matière brute qui lui est offerte. La confusion entre les différents enjeux du film s’amplifie et provoque un sentiment d’inachevé dans chacun des domaines. Entre la traque de Spider-Man par la police, la quête de ses origines, la romance avec Gwen et enfin la chasse au méchant, Webb ne s’en sort pas et compose avec un script mal écrit n’allant jamais au fond des choses semées ici et là.

Celui qui en pâti le plus est évidemment Rhys Ifans dans le rôle de Connors / le Lézard. Étroitement lié à Peter Parker par la relation qu’il avait avec son père, ce dernier n’écope dans les faits que d’une place mineur, d’une présentation somme toute classique et d’un manque d’écriture flagrant. Un personnage traité à la va comme je te pousse ne faisant pas vraiment peur (bonjour le dédoublement de personnalité foireux) et faisant du lézard un bad guy bien triste, sensation accentuée par une mise en scène effrayée dès lors qu’il s’agit d’envoyer du lourd dans la voltige et la castagne. Un symptôme immédiatement décelable dès la première –vraie- scène d’action sur le pont où Webb désamorce bien vite la pompe, comme s’il avait peur d’aller affronter les séquences un peu ambitieuses.

Et cette sensation fortement désagréable régira toute la suite de The Amazing Spider-Man puisque soyons clairs, aucune scène d’action n’est véritablement impressionnante ou en tout cas, jamais épique. Oubliez les frissons que vous avez pu avoir dans la première trilogie, les sensations du « wahou effect » grâce à des vraies propositions de cinéma qui collaient aux capacités sur-humaines du personnage. Le meilleur de Raimi tente d’être repris mais lorsque ce sont les équipes des SFX qui sont en charge des aériennes, le résultat est souvent incohérent et finalement peu efficace dans la durée. Même si quelques money-shot demeurent plutôt intéressants, toute la proposition visuelle reste bien peu engageante au regard de ce que l’on avait connu contribuant de fait à amoindrir encore un peu plus le symbole qu’est Spider-Man.

Car on parle bien de symbolique, une symbolique pourtant essentielle lorsqu’un adolescent se retrouve dans une position tout à fait anormale de super-héros et de modèle pour la ville. Cela a un sens et c’est souvent dans le non-dit que les trois premiers Spider-Man puisent leur force pour que tout apparaissent comme une évidence, pour que le personnage ressorte toujours grandi. La notion de sacrifice essentielle à Spider-Man se façonnait progressivement, au gré des expériences de Peter et de l’acceptation de sa condition de héros. Ici, mis à part lors du sauvetage d’un enfant, jamais cette notion ne transparait. Et c’est bien cette compréhension profonde du personnage et des enjeux intrinsèques qui le façonnent qui manquent au film de Marc Webb. Si absents que l’on ne ressent pas la moindre émotion véritable, je parle de celle qui naît à notre insu, de manière tout à fait naturelle. La séquence de fin de ce Amazing Spider-Man est à ce titre la plus belle démonstration de ce que je suis en train de raconter. Une fin censée être le point d’orgue mais qui se révèle d’une platitude et d’une telle évidence qu’aucune surprise ne peut exister. On regarde, on observe et puis on souffle, dépité de voir un tel traitement à la fois de l’histoire mais également des personnages qui la composent.

En loupant totalement les fondements du mythe Spider-Man, le film ne peut-être qu’une déception même si la première heure est à sauver. Le fait d’avoir donner un tel monument à un réalisateur de comédie romantique n’était comme prévu pas la bonne chose mais le sens du profit que l’on connait aux producteurs semble avoir clairement pris le dessus (il suffit de compter le nombre de produits placés pour s’en convaincre). Sans passion, sans croyance même vis-à-vis du personnage, The Amazing Spider-Man est un pur blockbuster calibré pour remplir les tiroirs caisses en s’affranchissant de toute considération artistique. Pour beaucoup, le job sera fait et le film délivrera son quota d’action même s’il faudra garder un jugement objectif en se rappelant les purs passages dantesques de la première trilogie. L’humour plus présent fera rire et donnera l’illusion d’une production réussie répondant au cahier des charges : divertir sans trop faire se poser de question.

C’est assez primaire et quand on voit ce que l’on avait avant, on ne peut que pleurer de voir un personnage ayant connu le meilleur tomber si bas, y compris sur le plan musical puisque James Horner nous gratifie ici d’un score particulière insipide voire médiocre. Tout ce qui avait été construit s’écroule en 2h17 ; gageons que le film aura au moins pour lui de faire ré-évaluer la trilogie originelle. Reste un Andrew Garfield convaincant, c’est à peu près tout. Au final, il apparaît évident que « l’histoire jamais racontée » n’aurait pas dû l’être…

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[Critique] – The Amazing Spider-Man (2012)
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 2 Peter Parker trouve une piste lui permettant de lever le voile sur la disparition de ses parents, alors qu'il n'était encore qu'un enfant...
Peter Parker trouve une piste lui permettant de lever le voile sur la disparition de ses parents, alors qu'il n'était encore qu'un enfant...
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...