Affiche critique Super

Super

SYNOPSIS

Un homme décide de devenir un super-héros après avoir vu sa femme succomber aux charmes d'un dealer. Mais il n'a pas de super-pouvoirs...

CRITIQUE

Les films de super-héros dans « la vraie vie » ne datent pas de Kick-Ass. Un an auparavant, nous pouvions nous délecter devant Defendor avec Woody Harrelson (malheureusement non critiqué ici) et, il y a de cela maintenant quelques années, les Mystery Men avec Ben Stiller avaient pour ainsi dire lancer la mode.

Mais il est vrai que c’est véritablement avec le Kick-Ass de Matthew Vaughn que ce type d’histoire a pris son envol, générant des vocations jusque dans notre quotidien (plusieurs super-héros en costume se sont déclarés outre-atlantique). Sur le papier, Super ressemble franchement à son prédécesseur, même si le réalisateur James Gunn clame à chaque intervention que le scénario fut écrit bien avant celui de Kick-Ass. On ne remettra pas en cause sa franchise, mais le calendrier a parlé, et Super arrive bien en deuxième aux yeux du grand public, personne n’y pourra rien.

Mais similaire dans l’idée ne veut pas dire copie, et ici, le film en est le parfait exemple. Avec son budget affligeant (2,5 millions de dollar) par volonté artistique ou choix du studio, James Gunn a opté pour le choix de l’ultra-réalisme, maintenant ce registre durant l’heure trente réglementaire sans faillir. Un jusqu’au boutisme salvateur l’éloignant totalement du registre du film familial, comme Kick-Ass pouvait l’être.

Car il faut bien l’admettre, les êtres humains devenant super-héros au cinéma se révèlent dans la majorité des cas être des âmes purs, avec seulement rarement des ambiguïtés morales, risquant leur vie pour une cause absolue, celle de la paix et de l’ordre (à plusieurs échelles). Regardez Batman, Superman, Iron Man, voire même Green Lantern…des super-héros capables de mourir pour l’humanité ! C’est beau, très beau, nous aimerions tous avoir leur courage mais malheureusement, le monde dans lequel nous vivons n’est pas si idéal. Et Super va appuyer là où ça fait mal, surtout à l’Amerique (terre des super-héros), en montrant un monsieur tout le monde porté par une rancœur personnelle, celle du départ de sa femme pour un baron de la drogue du coin. C’est tout de suite moins sex, mais tellement plus probable…

Frank (Rainn Wilson) est un homme tout ce qu’il y a de plus banal. Il n’a pas vraiment un physique de Brad Pitt, habite dans une banlieue pourrie, côtoie des gens normaux et mène une vie relativement monotone. D’un mollesse affligeante, on pourrait le qualifier de véritable looser s’il n’avait conquis le cœur de Sarah (Liv Tyler). Mais sa vie va basculer lorsqu’un jour, celle qui l’aime se fera la malle avec Jacques (Kevin Bacon). Se refusant à admettre cette séparation, inspiré par les comics achetés au magasin du coin ainsi que par une vision onirique d’un super-héros Chrétien, Frank va se transformer en Crimson Bolt, un justicier au costume rouge, animé par la vengeance.

L’intérêt principal du film réside dans son refus de rester dans les conventions politiquement correctes du cinéma Hollywoodien. Rejetant tout consensuallisme, il met en scène deux personnages moralement pervers, violents et surtout égoïstes, se servant du statut auto-déclaré de héros pour aller péter la tronche à n’importe qui et surtout de manière totalement irrationnelle. Le passage dans une file d’attente est l’une de ses séquence phare où le spectateur va être mis devant le fait accompli en découvrant la vraie personnalité d’un looser transcendé par le masque qu’il porte. A grand coup de clef à molette, il va dézinguer un couple d’idiots doublant volontairement tout le monde dans la queue. L’attitude est répréhensible certes, mais pas au point où Crimson Bolt les laissera après le massacre, c’est à dire la tête explosée.

Et ce passage quasi animal, à l’image de tout le film, puise sa puissance par la liberté artistique prise par James Gunn, du fait qu’aucune major ne soit à la production. Ainsi, Gunn appui bien sur le fait que frapper des gens dans la vraie vie n’est pas sans incidence, le tout est fait dans la douleur et dans le sang…Trop souvent on voit les super héros se fighter sans montrer les séquelles laissés…pas ici, chaque action même stupides engendre systématiquement des conséquences importantes.

Équilibriste tout du long, Super flirte avec le mauvais gout et le trash, n’hésitant pas à afficher une certaines complaisance pour l’hémoglobine et les os fracassés. Si le coté violent est apporté principalement par le personnage de Frank, le coté malsain provient de celui campé par Ellen Page, la vendeuse de Comics devenue le bras droit de Crimson Bolt. A travers elle, Gunn nous balances en pleine tête tous les fantasmes et toute la perversité d’une personne légèrement court-circuité des neuronnes pour les héros costumés.

Plus proche du sex-toy vivant que de Robin dans Batman, Boltie est une véritablement bombe à retardement mais surtout l’élément comique du long-métrage. Dialogues savoureux, gags potaches, elle est à l’origine des meilleures (et parfois bizarres) séquences, à l’image de cette scène de sexe des plus…particulière. Elle Page dévoile par ce biais une facette comique de son jeu que l’on ne connaissait pas, bien loin des rôles d’Inception ou d’Hard Candy.

Au premier niveau de lecture, Super est un film pathétique. Pas de manière négative, mais parce qu’il met en scène des personnages qui le sont. Qu’il s’agisse de nos pseudo héros moralement déviants, de Liv Tyler en ex-junkie ou de Kevin Bacon en grand méchant (qui à défaut de livrer sa meilleure performance se fait vraiment plaisir dans le rôle), tous mènent des vies tristes bien éloignées du rêve américain des publicités. James Gunn prend un malin plaisir à challenger la morale américaine qui sera mise à rude épreuve, notamment par l’usage d’un justicier Chrétien imaginé par Frank, validant ses différentes actions, y compris les pires.

Clairement destiné à un public averti, Super est une comédie noire, s’approchant plus de Defendor dans le ton général triste que d’un Kick-Ass, plus orienté pour un public teenage. La comparaison entre les deux films s’arrêtera à l’étape de l’histoire de base, les traitements différents ne cherchant pas du tout les mêmes finalités.

Malgré tout, Super sait se maintenir efficace dans la durée, l’ennui ne se faisait jamais ressentir. Entre les dialogues juteux et les passages de baston, le film ne souffre d’aucun ralentissement et reprend même son souffle à mi-parcours avec l’arrivée d’Ellen Page, véritable bâton de dynamite jaune et vert. Sous des aspects volontairement crétins, Super est bien plus intelligent qu’il n’y parait et se consomme à plusieurs niveaux de lecture. Tout le monde n’y trouvera pas son compte et il est fort probable que les âmes sensibles le rejetteront en masse. Mais si vous êtes fans de super-héros, fans d’humour noir et fans de films indé, vous serez certainement séduit !

Pour info, Super sortira en DVD en Blu Ray dès le 9 aout prochain !


Super : bande annonce #1 VO par cloneweb

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Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 3.5 Un homme décide de devenir un super-héros après avoir vu sa femme succomber aux charmes d'un dealer. Mais il n'a pas de super-pouvoirs...
Un homme décide de devenir un super-héros après avoir vu sa femme succomber aux charmes d'un dealer. Mais il n'a pas de super-pouvoirs...
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...