Affiche critique [Critique] – Piégée / Haywire (2011)

[Critique] – Piégée / Haywire (2011)

SYNOPSIS

Une espionne décide de se venger au moment où elle est trahie par son agence...

CRITIQUE

Si l’on devait définir un top 10 des réalisateurs en activité les plus prolixes, il y a fort à parier que Steven Soderberg figurerait en bonne place. Lui qui occupe en plus régulièrement le poste de directeur de la photographie sous un autre nom, nous gratifie en moyenne de plus d’une réalisation par an ce qui, avouons-le, n’est pas pour nous déplaire. Un plaisir d’autant plus important que la renommée du bonhomme lui permet d’aligner des castings proprement sidérants, à l’image de la trilogie Ocean’s Eleven ou plus récemment de Contagion.

Et justement, après ce dernier film particulièrement intéressant, toxique au possible et littéralement viscéral, Soderberg revient vers un style qu’il affectionne particulièrement, le thriller. Au regard du pitch voire même de la bande-annonce, on serait fortement tenté de faire un raccourci bien mal avisé en e comparant Haywire avec un Jason Bourne version féminin. Car si l’histoire peut dans ses premières minutes effectivement autoriser la comparaison,  le traitement du cinéaste s’en éloigne bien rapidement, et pas forcément pour le meilleur. Car ne tournons pas autour du pot, Piégée (en Français) est handicapé par un sérieux souci : son rythme lent, voire très lent. Un choix évidemment délibéré mais qui n’emporte pas l’adhésion des spectateurs même s’il permet lors de rares séquences de générer quelques surprises bienvenues.

Tout le film s’axe autour du personnage interprété par Gina Carano (une pure fighteuse dans l’âme comme le montre son CV : 14 combats en kick boxing dont 12 victoires et 8 combats en MMA dont 7 victoires), présentée ici comme une espionne. Sans que l’on ne sache comment ni vraiment pourquoi (les motivations resteront presque tout le temps floues), cette dernière va se trouvée trahie puis traquée par son agence. Le pitch est posé et ne va guère plus loin que cela. Ainsi, Haywire est surtout le prétexte pour Soderberg à magnifié son actrice d’un film et de lui laisser libre champs pour exécuter quelques séquences de castagnes impressionnantes de réalisme. Contrairement aux actionners moyens du moment où un montage en saccade couplé à une caméra tremblante permet de faire passer le moindre coup de pied miteux pour un coup de tatane digne d’une ceinture noire, le film de Soderberg privilégie le réalisme à tout prix. En ce sens, l’expérience est assez inédite et franchement réussie mais si elle est loin de supporter à elle seule le poids de tout un film qui se déroule bien trop difficilement pour que ce souci ne reste anodin, et ce même avec la mise en scène en plans séquences des passages les plus forts.

Et si le casting se voit être de premier ordre, contrairement à Contagion où les rôles mineurs fonctionnaient, on ne peut que déplorer ici que la notoriété des acteurs ne nuise à la fluidité de l’intrigue. Entre Ewan McGregor, Michael Fassbender, Channing Tatum, Michael Douglas, Antonio Banderas, Bill Paxton ou Mathieu Kassovitz, le spectateur ne sait où donner de la tête et ne pourra s’empêcher de se dire implicitement à chaque nouvelle tête « a tient c’est…, il doit être important ». Sauf que pas du tout ! Et cette attention portée à des personnages qui ne le mérite pas est à mon sens l’une des erreurs du film contribuant à ce fâcheux sentiment qui se dégage une fois le générique pointant le bout de son nez : « tout ça pour ça ». Et oui, tout ça pour ça.  Car l’on sent clairement qu’Haywire est davantage une nouvelle expérience de Soderberg qu’un réel divertissement même si le sujet pourra laisser à penser que non. Certains partis-pris de montage sont relativement originaux et exclus tout immersion possible des spectateurs à l’image d’un passage musclé entièrement filmé au ralenti, noir et blanc, le tout sur une musique jazzy. Un quasi paradoxe entre le fond et la forme qui symbolise à lui seul toute l’ambigüité et le décalage du film.

Haywire (Piégée) de Soderberg est donc une déception même si de nombreux aspects le film se montrent intéressants à savoir les choix artistiques et le rendu innovant qu’ils permettent d’obtenir. Pour ce qui est du plaisir global dégagé en revanche, c’est une autre histoire. Dommage.

 

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[Critique] – Piégée / Haywire (2011)
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 2 Une espionne décide de se venger au moment où elle est trahie par son agence...
Une espionne décide de se venger au moment où elle est trahie par son agence...
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...