Affiche critique Martha Marcy May Marlene

Martha Marcy May Marlene

SYNOPSIS

Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu...

CRITIQUE

Comme tout bon film indépendant précédé d’un bon buzz, Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin a déjà derrière lui une petite carrière en Festivals. Sundance, Cannes (sélection un Certain regard) pour ne citer qu’eux et systématiquement les mêmes retours, unanimement positifs. Et si de nombreuses critiques émettent aujourd’hui quelques réserves quant à un cinéma indépendant qui a parfois tendance à tourner sur lui-même, elles ne pourront qu’avoir l’agréable surprise ici de constater que non. Le cinéma indépendant sait toujours surprendre, et dans notre cas, franchement pour le meilleur.

Le court-métrage de Durkin laissait pourtant présager de sa patte exceptionnelle et de sa capacité à traiter certains sujets graves avec sincérité et talent. Un talent dans la mise en scène, la photographie mais aussi dans l’appréhension de ses personnages. Une mise en bouche que l’on espérait voir aussi pertinente et efficace une fois amenée en long-métrage, ce qu’elle est, définitivement.

Martha Marcy May Marlene (titre que vous aurez plus de facilité à dire après avoir vu le film car il est plein de symbolique) aborde de manière frontale les désastres mentaux laissés par le milieu sectaire sur une jeune fille, Martha, aujourd’hui échappée et réfugiée chez sa grande sœur. De prime abord le sujet pourrait laisser supposer que l’on va enfoncer des portes ouvertes, dans les faits, il n’en est rien, notamment par la vue psychologique générale. Et si l’efficacité du long-métrage fonctionne aussi bien, ce n’est pas seulement grâce à une réalisation sans faille mais aussi (surtout) par l’exceptionnelle prestation d’Elizabeth Olsen, la sœur cadette des jumelles infernales. Son visage d’ange, son nez retroussé, ses grands yeux ronds et hypnotiques attirent foncièrement la sympathie dès ses premières apparitions et suggèrent l’innocence. Une affinité directe naît alors vis à vis de ce personnage, ce qui permet à Durkin d’initier le malaise chez le spectateur, malaise généré par la perte évidente de tous ses repères sociaux et moraux.

De fil en aiguille, par des petits gestes, des petites actions, des réflexions, on découvre une personnalité en miette, un cerveau littéralement lavé par cette secte aux allures de ferme communautaire emmenée par son leader charismatique. Une secte que l’on découvre par l’intermédiaire des flashbacks réguliers et des ruptures temporelles de la jeune fille et qui permettent d’en savoir un peu plus sur son histoire tragique. Une présentation particulièrement bien amenée, jouant de manière évidente les parallèles avec les actions présentes génératrices des souvenirs cauchemardesques. Pourtant, à aucun moment les membres de la secte ne sont montrés comme monstrueux même si leurs actions le sont. Le regard que porte lors de ces instants Martha est fasciné, admiratif pour ce groupe vivant en autarcie. Les tâches ménagères sont reparties, les repas partagés, les soirées amusantes. Alors, lorsqu’arrivent les évidentes orgies ou « viols » de bienvenus, il y a quelques-chose de terrible pour nous en tant que spectateur puisqu’au sein du groupe, la pratique est considérée comme normale, légitime, voire nécessaire pour l’acceptation au sein de la communauté.

On suit donc l’inéluctable perversion progressive de l’esprit de Martha et de sa conversion aux pratiques du groupe jusqu’à cet instant de lucidité qui la fera s’en échapper. Souvenirs, paranoïa, la frontière est souvent mince, et c’est de ce doute perpétuel que tire véritablement sa force Martha Marcy May Marlene. Les passages les plus intéressants résident à mon sens dans le présent où la confrontation entre Martha et sa sœur (et son mari)  ne cesse de grandir, du fait des visions morales qui s’opposent. Une dualité qui sera à l’origine de joutes verbales intenses amenant quelques réflexions bien senties sur la vie.

Martha Marcy May Marlene est une véritable œuvre sur le trauma laissé par un passage au sein d’une secte. Regorgeant de scènes intenses et doté d’une photographie particulièrement léchée aux allures de Virgin Suicides, le film de Sean Durkin est impressionnant de maitrise. Si le sujet est fondamentalement malsain, le traitement est quant à lui profondément respectueux. Drame intime rappelant par moment le cinéma de Gus Van Sant et porté par une future grande actrice (on retrouvera Elizabeth Olsen dans l’adaptation américaine du film La Casa Muda), on pourra lui reprocher simplement une fin un peu trop abrupt (ou ouverte, au choix) laissant pour ma part un gout d’inachevé. Exception faite, Martha Marcy May Marlene est un grand film, fort, viscéral, une montagne Russe sensoriel d’autant plus forte qu’il s’agit d’un premier long-métrage ! Bluffant.

 

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Martha Marcy May Marlene
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 4 Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu...
Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu...
Il a écrit cette critique...

Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...