Affiche critique [Critique / Deauville 2012] – Taken 2 (2012)

[Critique / Deauville 2012] – Taken 2 (2012)

SYNOPSIS

Dans Taken, Bryan Mills, ex-agent de la CIA aux compétences si particulières, a réussi à arracher sa fille des mains d’un gang mafieux. Un an plus tard, le chef du clan réclame vengeance. Cette fois-ci, c’est après lui qu’ils en ont.

CRITIQUE

Avec son budget de 25 millions de dollars ayant engendré 226 millions de dollars de recette, Taken premier du nom avait créé la surprise à l’international en atomisant la concurrence, et en se hissant sans mal en tête du box-office pendant plusieurs semaines. La production Europa Corp dirigée par Pierre Morel avait en effet pour elle de reprendre la recette simple des actionneurs et autres séries B avec un personnage centrale doté de capacités exceptionnelles envoyé dans un milieu tout à fait hostile. Le montage haletant, l’action primaire et la violence directe étaient autant d’arguments ayant fait tilt chez les afficionados de films burnés, permettant à Taken d’être une vraie et bonne surprise. Mais devant ce succès clairement inattendu , une suite ne faisait guère de doute afin de ratisser encore plus large et d’amasser encore plus de pépètes. Exit donc Pierre Morel (dont l’on a plus vraiment eu de nouvelles depuis From Paris With Love) et bonjour Olivier Megaton, le réalisateur responsable du Transporteur 3 et plus récemment de Colombiana. Autant dire qu’avant de découvrir le film, on était moyennement confiant sur ce nouvel épisode et le résultat a réussi à surpasser nos pires craintes. Non seulement Taken 2 est un mauvais film ne rendant pas hommage au premier et ne lui arrivant même jamais à la cheville, mais surtout il s’agit d’un film fonçant tête baissée dans une xénophobie ahurissante, rendant la pilule doublement difficile à faire passer.

Il suffit d’une ou deux minutes et l’apparition du générique pour comprendre que quelque chose ne va pas. Montage hyper actif pour ne rien montrer, son tonitruant, autant d’esbroufe censées scotcher au fauteuil les spectateurs les moins regardant mais témoignant du style de l’ancien clippeur, incapable de filmer quelque chose sans le transformer en un produit franchement laid. Nous retrouvons rapidement notre ancien agent Bryan Mills aux côtés de sa fille tentant de la former à la conduite et renouant les liens avec son ex-femme (Famke Janssen). Le coté maniac, froid et surentrainé du bonhomme qui était l’une des meilleures caractéristiques du premier film disparaissent ici pour nous laisser avec un personnage poupon que l’on n’attendait pas vraiment. Il faudra attendre le séjour à Istanbul pour que tout se gâte. Car les méchants Albanais du premier Taken, ceux-là même qui violaient et vendaient les jeunes filles européennes, ont été touchés en plein cœur. Leur fils, leur maris, leur frère ont été tués par Mills, il convient donc de lancer une véritable vendetta contre lui visant à faire couler son sang et venger toutes ces tristes morts. Tout est dit, d’un coté Mills et sa famille, de l’autre une bande d’Albanais fou furieux, de véritables bouchers prêts à tout pour en découdre.

Une immense course poursuite est donc lancée à travers les rues de la capitale Turque, enchainant les absurdités les plus dingues les unes que les autres et masquant son manque d’ambition et de scénario par un montage dynamique bien inutile. Un film ennuyeux qui évolue de manière parfaitement linéaire, et sans l’once d’une surprise. Alors que Taken s’enfonçait progressivement dans le milieu glauque de la prostitution, transformant d’autant son personnage en machine à tuer, Taken 2 n’a aucune évolution et reste à son statut de film bêta, faussement bourrin et con. C’est triste à souhait, franchement pénible et surtout d’un rare inintérêt, Olivier Megaton n’arrivant jamais à masquer la pauvreté du script malgré les tentatives visuelles officiant de cache misère.

Car le comble dans Taken 2, c’est que le film ne contient même pas beaucoup d’action. On a bien quelques moulinets dans le vent que Steven (Seagal) n’aurait pas renié et une course poursuite en voiture mais en dehors de cela, ce n’est que paroles et aberrations qui s’enchaînent avec un naturel sidérant. Qu’une gamine (Maggie Grace) se balade sur les toits en lançant tranquillement des grenades en plein jour sans que rien ne se passe ne choque visiblement pas grand monde. Pas plus que cette même gamine qui apprend à conduire (sur une boite auto donc, aux USA) puisse devenir la pilote de l’année lorsqu’elle se trouve pourchassée dans les ruelles de la ville à bord d’une Mercedes 6 vitesses. Ce n’est qu’en se moquant du spectateur et de toute considération artistique que le film arrive à tenir jusqu’à la fin, multipliant les plans sur les bad guy présentés uniquement comme des salauds méritant la mort. Plus qu’une vraie désillusion, Taken 2 est surtout un film nocif car il n’hésite jamais à faire passer toutes les personnes en dehors des américains pour des sauvages archaïques incapables d’à peu près tout. Cette vision du monde façon Europa Corp est détestable à souhait et franchement étonnante de la part de Besson (qui s’après le générique signe ici le scénario) que l’on avait connu plus subtil même dans ses moins bonnes productions. Encore une fois, il reste l’un de mes héros pour avoir réalisé Léon mais chacune de ses productions devient de plus en plus indéfendable après le déjà catastrophique Lock Out en début d’année.

Tout ce qui faisait du premier film la surprise que l’on connait est ici passé à la moulinette pour accoucher d’un produit décébré vidé de toute substance un tant soit peu originale. Mills n’est plus que l’ombre de lui-même tandis que la violence primaire est effacée ou cadrée hors-champs pour rendre le film plus mainstream. Pierre Morel trop souvent décrié avait réussi ce fin mélange de tension et de montage énervé qui est  ici est renié au profit d’un machin truc commercial sans saveur, sentant franchement mauvais et en plus de ça très moche visuellement. Megaton qui avait réussi dans La Sirène Rouge à proposer une photographie et un style pas inintéressant se présente ici comme faiseur de bas étage portant à l’image un script d’une rare connerie. C’est taillé à la hache, standardisé pour une population venue chercher une dose d’adrénaline bradée, et ça s’inscrit directement aux panthéons des actionners franchement nases. Avec son budget trois fois supérieur au premier volet, on espère sincèrement que Taken 2 se prendra une rouste pour nous éviter un troisième voyage. Next !

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[Critique / Deauville 2012] – Taken 2 (2012)
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 1 Dans Taken, Bryan Mills, ex-agent de la CIA aux compétences si particulières, a réussi à arracher sa fille des mains d’un gang mafieux. Un an plus tard, le chef du clan réclame vengeance. Cette fois-ci, c’est après lui qu’ils en ont.
Dans Taken, Bryan Mills, ex-agent de la CIA aux compétences si particulières, a réussi à arracher sa fille des mains d’un gang mafieux. Un an plus tard, le chef du clan réclame vengeance. Cette fois-ci, c’est après lui qu’ils en ont.
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...