Affiche critique [Critique / Deauville 2012] – Jason Bourne : l’héritage (2012)

[Critique / Deauville 2012] – Jason Bourne : l’héritage (2012)

SYNOPSIS

Aaron Cross, un agent de la CIA rompu à toutes les techniques de combat, voit sa vie mise en péril par le dénommé Byer. Le quatrième volet de la franchise "Jason Bourne" mais avec un héros différent cette fois-ci...

CRITIQUE

A peu de choses près, Jason Bourne l’héritage sortira sur les écrans français 10 ans jour pour jour après la Mémoire dans la peau, premier volet d’une saga qui compte aujourd’hui quatre films. D’abord sous la houlette de Doug Liman puis sous celle de Paul Greengrass qui a assit définitivement le style énergique / caméra à l’épaule propre aux films, les Jason Bourne se sont imposés comme des références du film d’action moderne, succédant dignement aux classiques du genre des années 90. Basée sur les romans de Robert Ludlum, la trilogie Bourne avait fait le tour de la question et aurait dû se conclure comme le voulait l’œuvre papier par un troisième et dernier volet. Seulement voilà, le mot final est rarement le meilleur ami d’Hollywood, il était donc difficilement convenable de devoir faire l’impasse sur une saga aussi lucrative, à l’instar de celle de Pirates des Caraibbes pour trouver des comparaisons de contexte à peu près similaire.

Jason Bourne l’héritage est donc le pur produit mercantile d’un studio prêt à tout pour faire perdurer un mythe, quitte à ne pas l’inclure, réemployer le nom et engager une nouvelle équipe. Il y avait donc matière à paniquer un peu lorsque le chantier fut lancé. Exit Matt Damon, bonjour Jeremy Renner (jusque-là, pourquoi pas), mais surtout exit Greengrass et bonjour Tony Gilroy, et là, ça passe beaucoup moins bien. Pourtant au générique des trois premiers films en tant que scénariste, Gilroy n’est pas ce que l’on peut appeler un réalisateur de génie, Michael Clayton et Duplicity m’ayant l’un et l’autre laissé de marbre pour ne pas dire plus. Alors avec une barre de référence aussi haute que les deux derniers films de la saga, la probabilité de la gamelle était bien entendu extrêmement élevée. Et bien tristement, ce quatrième ne surprend guère et se situe au niveau tout à fait passable auquel on l’attendait sans toutefois être désagréable, ce qui n’est déjà pas si mal.

Faire du neuf avec du vieux, voilà le secret de ce Bourne Legacy (en VO) ou La Peur dans la peau chez nos amis Canadiens, qui reprend l’ensemble du contexte des films avec ses opérations spéciales et ses agents surentrainés nés de programmes secrets défenses tels que Treadstone. Mais ce que personne ne savait, c’est que derrière Treadstone il y avait Blackbriar, un autre programme encore plus fou. Et ce n’est pas tout ! Derrière Blackbriar il y a aussi…etc etc. Une intégration à n’en plus finir de programmes improbables qui vise à justifier l’intrigue de ce quatrième opus qui peine à trouver une direction nette autrement que par une fausse complexité liée à l’environnement politico-défensif. Au milieu de tout ce bazar, un nouveau super-agent, Aaron Cross qui va découvrir une machination visant à détruire de l’intérieur le programme Blackbriar et toutes les personnes impliquées avec celui-ci. A l’instar des premiers films, Jason Bourne l’héritage est grande course poursuite entre les services secrets et l’agent délaissé, une recette reprise ou plutôt copiée sans chercher le moins du monde à se démarquer en dépit du fait que tout autour changeait. Un choix très regrettable qui inhibe le film durant les 2h15 qu’il compte (quand même) et le ramène au registre de pâle ersatz de ses ainés. Tony Gilroy s’inspire sans l’avoir digéré le style de Greengrass pour accoucher de son film et l’inscrire dans une logique visuelle un minimum cohérente avec les trois premiers volets.

Au-delà de la réalisation qui n’est guère intéressante à relever, le vrai soucis du film réside dans le drame du scénario. D’une simplicité déconcertante dès lors que l’on enlève toutes les fioritures inutiles l’étouffant, il s’apparente à un grand vide alimenté par des motivations des personnages principaux peut comparables avec le niveau de celles soulevées par le personnage de Matt Damon. Ici, pas question de rechercher le passé, de mettre à mal le système mais simplement de fuir en ayant pris soin de récupérer des médocs permettant à Cross de conserver ses capacités physique et mentales à vie. Sérieusement ? Avec un enjeu aussi faible, inutile de préciser que l’on se moque pas mal de ce personnage qui avoue même à un moment être moins intelligent que la moyenne mais qui compense cela par les médicaments miracles fournis. Super les gars ! On a beau bien apprécier Jeremy Renner, ce challenge purement égoïste n’est pas vraiment partageable avec le public alors pour l’empathie, on repassera. On se serait focalisé sur n’importe qu’elle autre gars du programme que cela aurait été pareil.

Mais si l’ensemble s’était révélé un peu plus audacieux, on aurait sans doute été moins dur. Ici, aucun partis pris franc, aucune vraie nouveauté, rien, au mieux c’est de la copie conforme changée d’un pays à l’autre, histoire de dire que ça n’a rien à voir. Au pire, cela ne surprend plus tellement l’intrigue se devine bien avant que l’on soit exposé aux images. La direction d’acteurs mollassonne ne permet pas vraiment à Renner d’exploser ni à Rachel Weisz de briller malgré les qualités qu’on connait à ses acteurs généralement habités. On passera volontairement outre le rôle de Edward Norton qui n’a pas l’air d’avoir beaucoup plus d’intérêt que nous à cette affaire. Pourtant, et il faudra reconnaître cela au film de Gilroy, on ne s’y ennuie pas. Malgré le manque d’apport personnel, le réalisateur scénariste offre un travail un minimum consciencieux qui maintient éveillé sans vraiment lasser, et ce malgré la durée relativement longue du film au regard des enjeux. La première partie, sans doute la plus intéressante, permet de voir évoluer de part et d’autres les personnages de Aaron Cross et de Marta Shearing qui à mi-chemin se retrouveront confrontés. Ce n’est clairement pas sans rappeler la rencontre entre les personnages de Matt Damon et Franka Potente mais cela fonctionne à peu près correctement pour accrocher le spectateur.

S’offrant même quelques scènes assez réussies comme l’introduction dans le montage ou toute la séquence au sein du laboratoire, Jason Bourne l’héritage n’est pas une mauvaise production, simplement un divertissement tout à fait anecdotique et passable, dont l’on aurait volontiers souhaité qu’il n’existe pas. Avec son finish en bordel aboutissant sur une scène d’action à moto totalement illisible et symptomatique de la non compréhension du style pratiqué dans les premiers films, ce quatrième volet mérite tout juste la moyenne pour le rythme à peu près maîtrisé qu’il propose. Franchement répétitif et en rien innovant par rapport à ses prédécesseurs, ce nouveau Jason Bourne sans Jason Bourne déçoit franchement sans se révéler honteux, mais devient la tâche d’une désormais quadrilogie sur laquelle on avait que peu de critiques à faire. Avec aussi peu de choses à raconter, on peut regretter qu’un pareil chantier ait pu une nouvelle fois trouver des financements aussi élevés pour le soutenir… En espérant qu’il n’y ait pas de cinquième volet, par pitié !

 

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[Critique / Deauville 2012] – Jason Bourne : l’héritage (2012)
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 2.5 Aaron Cross, un agent de la CIA rompu à toutes les techniques de combat, voit sa vie mise en péril par le dénommé Byer. Le quatrième volet de la franchise "Jason Bourne" mais avec un héros différent cette fois-ci...
Aaron Cross, un agent de la CIA rompu à toutes les techniques de combat, voit sa vie mise en péril par le dénommé Byer. Le quatrième volet de la franchise "Jason Bourne" mais avec un héros différent cette fois-ci...
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...