Affiche critique [Critique / Cannes 2012] – Cosmopolis (2012)

[Critique / Cannes 2012] – Cosmopolis (2012)

SYNOPSIS

Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

CRITIQUE

Il était présenté à Cannes vendredi et sortait en simultanée en France. Cosmopolis de David Cronenberg, à peine quelques mois après la sortie de son précédent film A Dangerous Method, faisait le show sur la Croisette grâce à sa superstar vampirisante, Robert Pattison. Présenté en compétition officielle (mais n’ayant rien remporté comme prix), Cosmomolis est l’adaptation directe du roman philosophique et visionnaire de Don DeLillo sortie en 2003. Une œuvre fortement verbeuse narrant la chute et la déchéance d’une société rongée par le capitalisme no-limit en suivant le jeune milliardaire Eric Packer dans un trip en limousine. Les qualités du roman sont indéniables, beaucoup le considère d’ailleurs comme un chef d’œuvre de la littérature contemporaine, ceci étant, la mise en images semblait proprement impossible. C’était sans compter David Cronenberg pour qui le sujet s’imposait de lui-même, un véritable appel du pied au regard des thématiques qui fondent sa filmographie. Alors apothéose ? Déception ? En ce qui nous concerne, on se situe plutôt du côté négatif, à notre grand regret… Explication.

Au départ, il y a un jeune homme blafard. Un milliardaire golden-boy qui se lève pour aller chez le coiffeur. Ça pourrait être anodin mais ça ne l’est pas. En effet, la ville s’affole, se consomme d’elle-même, s’effondre. La spéculation à outrance ayant causé la perte du système, tout semble aller vers le chaos, faisant de cette traversée en voiture un véritable et dangereux périple. Et finalement, Cosmopolis, c’est ça. Un ride halluciné d’un jeune prodige de la finance dans une limousine high-tech, le témoin de la chute d’un pur produit du capitalisme et de la spéculation folle, un produit qui fit ses beaux jours mais qui sera tel un virus la cause de sa perte. Et il faut bien avoir conscience que le film se place presque à l’exact opposé de sa bande-annonce nerveuse et presque clipesque. Le distributeur semble avoir clairement identifié le soucis du film et de sa difficulté à se vendre auprès d’un large public. Car Cosmopolis est tout sauf mainstream même si le cinéma de Cronenberg n’est pas non plus familier du terme. En réalité, il s’agit même du projet du réalisateur le plus complexe depuis plus de 10 ans et s’approche davantage d’un Crash ou d’un Videodrome dans sa forme que d’un Dangerous Method que beaucoup considérait trop « standard » pour que le véritable fond ne se révèle dans toute sa complexité.   Le réalisateur signe ici un film glacial, sec, à l’esthétique minimaliste et à l’ambiance oppressante grandissante. Cronenberg évacue tout superflu pour aller uniquement à l’essentiel du propos et ce de manière frontal.

Tout pourrait sembler idéal si le réalisateur ne s’était pas « contenter » de filmer le récit plutôt que de se l’approprier pour en extraire sa substantifique moelle. Car on a cette impression franchement rédhibitoire dans la durée que Cosmopolis est la version imagée d’un roman sans traitement intermédiaire pour le cinéma. Le résultat est là, stellaire, presque impénétrable et le traitement sans concession. Aussi, lorsque Cronenberg fait dire à ses personnages les répliques à l’identique du livre de Don DeLillo, on a parfois le sentiment d’assister à une lecture accélérée d’un ouvrage qui nécessitait du temps pour en assimiler chaque mot, chaque phrase, chaque sous-entendu. De fait, on est souvent perdu, régulièrement fâché, et perpétuellement frustré de ne pas avoir assez de temps pour apprécier la profondeur des répliques. En ce sens, Cosmopolis est un véritable paradoxe : un film au ralenti se révélant pourtant d’une extrême rapidité.

Et si les cadres du réalisateur et sa mise en scène apportent aux verbes une profondeur supplémentaire, on décroche très rapidement, bien trop rapidement. Malgré l’exercice de style réussi sur l’ambiance générale que dégage Cosmopolis, on sort surtout de la salle avec le sentiment d’avoir été forcé à suivre à un suicide volontaire et conscient du personnage central sur la base d’introspections quasi-Freudienne au contact de ses proches, de ses collègues, de ses femmes ou encore d’un entarteur de l’est. Un suicide d’une heure quarante particulièrement douloureux pour le spectateur coincé dans cette limousine avec ce personnage, incarnation déshumanisée de tout ce que le monde a su engendrer de pire pour courir à sa fin.

Ceci étant, même si la difficulté à appréhender Cosmopolis est un fait, et qu’elle génère très rapidement un sentiment de rejet (plus de 20 personnes ont quitté la salle du l’UGC des halles au long du film), on retiendra la véritable performance de Robert Pattison, qui prouve ici qu’au contact d’un grand réalisateur, il n’est pas qu’un acteur un peu naze à midinettes . Il donne à chaque scène une consistance assez incroyable et il serait bien hypocrite de ne pas s’accorder sur cette véritable prouesse. Désormais, il faudra considérer l’acteur comme un nom « sérieux » du cinéma même dans les situations les moins évidentes. Le jeune homme porte sur ses épaules Cosmopolis à lui seul et vampirise (pléonasme) littéralement l’écran, même lorsque ses rencontres l’amèneront à partager la scène avec pas mal de « noms » du cinéma.

Le nouveau Cronenberg sonne pour certains comme du génie, pour d’autres il s’agit d’un supplice. La vérité est probablement entre les deux extrêmes mais en tout cas, en ce qui nous concerne, il semble que l’on soit passé à côté de cette adaptation bien trop bavarde et peu détachée de sa matrice d’origine dont la richesse était presque infinie. Regrettable.

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[Critique / Cannes 2012] – Cosmopolis (2012)
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 2 Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.
Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...