Affiche critique Chronicle

Chronicle

SYNOPSIS

Un faux documentaire sur trois adolescents de Portland qui se mettent à développer des super-pouvoirs.

CRITIQUE

Le nom de Josh Trank ne vous dit très probablement rien. Pourtant, ce réalisateur anonyme a brusquement fait buzzer ces derniers jours lorsque la FOX a annoncé qu’il était en tête pour rebooter la franchise saccagée des quatre fantastiques. On pouvait alors légitimement se demander ce que valait Chronicle qu’il venait de finir. Ici, nous attendions le film grâce à son pitch alléchant mais sans en espérer vraiment grand-chose. La surprise a été de taille, et si Chronicle n’est pas un chef d’œuvre, il n’en demeure pas moins une petite claque à laquelle nous n’étions pas vraiment préparé. Écrit en binôme avec Max Landis (fils de), il s’agit d’un nouveau faux documentaire mettant en scène trois étudiants qui se voient obtenir d’étranges pouvoirs surnaturels. La raison importe peu, ce qui nous intéresse, c’est bien le traitement qu’ils en feront.

Le registre du faux documentaire initié par le Projet Blair Witch et magnifié par Cloverfield (le monument du genre) a ces dernières années littéralement explosé sur grand et petit écran car permettait de justifier tout et n’importe quoi au prétexte que les images étaient « vraies ». La photographie on s’en moque, le rythme on s’en moque, le sujet, on s’en moque aussi un peu et c’est ainsi que sont venus pourrir les salles de cinéma les Paranormal Activity et consorts. Il était temps que cela cesse. [REC] (le premier uniquement) étaient dans le registre horrifique particulièrement efficace mais il faut bien avouer que depuis, à part quelques nanars, nous n’avions rien vu de vraiment très intéressant. Alors forcément, lorsqu’un jeune réalisateur (mais au talent certains) s’empare du procédé au service d’une cause geek, largement alimentée par toutes les thématiques fondamentales qui vont avec mais également nourrie aux films de supers héros et mangas des années 80-90, le résultat ne pouvait être que réussi.

La force de Chronicle est de s’attacher à l’utilisation des pouvoirs par les ados plutôt qu’à l’explication pseudo rationnelle sur leur obtention. Concrètement, une large partie du long-métrage nous présente ces trois copains en train de faire ce que n’importe qui ferait dans leur situation, s’amuser et accroitre la maitrise de leurs capacités. Nous sommes loin de la morale de l’oncle Ben à Peter Parker « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » ou de la dévotion corps et âme de Bruce Wayne pour le maintien de la paix et de la justice à Gotham. Non, nous sommes ici devant une utilisation purement égoïste de pouvoirs télékinésiques qui permet à ces adolescent de faire à peu près tout, y compris voler tel Peter Pan. Cet apprentissage se fera principalement aux côtés du personnage d’Andrew, jeune homme introverti, battu par son père et tête de turque du lycée. Seul, rempli de colère, il a pour seuls amis son cousin Matt et bientôt Steve Montgomery (présent au moment de la réception des pouvoirs), en lice pour devenir Président des étudiants de l’établissement.

L’une des trouvailles géniales du film réside dans l’utilisation particulièrement astucieuse de la caméra d’Andrew, notre œil sur ces événements. D’abord hésitante (elle est lourde, il n’est pas habile), elle devient de plus en plus stable, bénéficiant de moment plus amples lorsqu’Andrew se dote d’une caméra numérique de poing. Mais la vraie bonne idée provient de l’utilisation de ses pouvoirs pour faire voler sa caméra autour de lui. Dès lors, Chronicle conserve son aspect documentaire mais en bénéficiant d’une réalisation léchée et de mouvement de caméras souvent originaux, justifiés par la lévitation de la caméra. D’abord mis à profit pour devenir populaire à l’école, les pouvoirs d’Andrew consumeront sa personnalité fragile jusqu’au point de le faire refuser de suivre les codes mis en place par Matt et Steve visant à ne jamais utiliser les pouvoirs sur quelqu’un de vivant.

S’il rappelle un nombre importants de films en mémoire, Chronicle pourra directement être rapproché d’Akira (référence confirmée lors de la session de questions/réponses avec le réalisateur après la séance –prochainement en ligne-) mais également à Spider-Man 3 et au costume noir (costume qui altère la lucidité de Parker pour une utilisation à des fins toutes personnelles). Telle une cocotte-minute, Andrew est à la fois Tetsuo et Peter Parker sous l’emprise du symbiote, une personnalité noircie par la colère, animée par la soif de vengeance et bénéficiant du plus grand des pouvoirs destructeurs. Une situation qui d’un point de vue mythologie débouche inéluctablement sur un choix : la prise de conscience in-extremis de la situation par le personnage ou sa chute en avant vers une apocalypse certaine. Chronicle privilégiera la seconde piste pour un final dantesque, à mi-chemin entre l’ultime combat de Matrix Revolutions (sensation renforcée par la photographie en pleine nuit au-dessus de Seattle) et certains passages d’action issu du manga Dragon Ball (pas du film hein ;) ) Un fight étrangement très bien maitrisé par son jeune réalisateur, réellement spectaculaire voire même bluffant, bourré d’effets spéciaux souvent très réussis -même si ce n’est pas le cas pendant tout le film-, de près de quinze minutes.

Brassant toutes les thématiques phares des films de super-héros avec intelligence, Chronicle réussi également le pari de dépeindre avec réalisme et intérêt les troubles liés à l’adolescence. En résulte une œuvre aboutie, pas exempte de défauts mais qui dispose de suffisamment d’arguments, notamment les très nombreuses et astucieuses idées de mise en scène, pour marquer l’histoire des documentaires fictions. Sincèrement, bravo !

 

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Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 3.5 Un faux documentaire sur trois adolescents de Portland qui se mettent à développer des super-pouvoirs.
Un faux documentaire sur trois adolescents de Portland qui se mettent à développer des super-pouvoirs.
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...