Affiche critique Bobby Fischer Against the World

Bobby Fischer Against the World

SYNOPSIS

En 1958, Robert James “Bobby” Fischer, alors âgé de quatorze ans, stupéfia le monde des échecs en devenant le plus jeune Grand Maître de l’histoire, lançant ainsi une carrière qui allait faire de lui une légende. Pendant les quinze années qui suivirent, son incroyable ascension au sommet du jeu captiva le monde entier et permit aux échecs de connaître un essor international considérable. Puis, à l’apogée de sa réussite, Bobby Fischer prit tout le monde par surprise en décidant de disparaître des yeux du grand public.

CRITIQUE

Vu à Deauville dans le cadre des docs de l’oncle Sam.

Présenté cette année au Festival de Sundance, Bobby Fischer Against the World de  Liz Garbus est un documentaire relatant la vie de celui qui est considéré par beaucoup le plus grand joueur d’échec de l’histoire : Bobby Fischer. Une vie entièrement dédiée à l’art des échecs, mais un destin consumé par une folie destructrice née de cette dévotion intellectuelle sans concession. Si pour le grand public néophyte de la discipline, Fischer n’est pas la plus célèbre star du jeu, il n’en demeure pas moins qu’il fut le vainqueur du match reconnu par tous comme étant LE match du siècle, contre son adversaire Russe Boris Spassky, alors que nous sommes à cette époque en pleine guerre froide.

Entre les interviews croisées des journalistes spécialisés et celles d’autres maîtres des échecs l’ayant côtoyé, le documentaire de Garbus dresse un portrait relativement peu flatteur de la star américaines des années 70, en parcourant sa vie depuis son plus jeune âge. On y découvre un enfant puis un adolescent convaincu (à raison) qu’il était déjà et continuera d’être le meilleur joueur du monde, un égo surdimensionné à l’origine de certaines faiblesses psychologiques qui seront génératrice plus tard d’une descente aux enfers que beaucoup prévoyaient. L’homme est donc véritablement possédé par le jeu, à tel point que les liens familiaux ne seront plus suffisamment forts pour maintenir une cellule proche viable. Sa mère, activiste communiste, quittera le domicile pour laisser Bobby Fischer s’exprimer totalement dans sa passion sans qu’elle ne puisse représenter un quelconque obstacle.

Au-delà des capacités hors normes de Fischer au jeu, c’est surtout la symbolique qu’il représenta pendant ses années de triomphe qu’il est intéressant de découvrir dans ce documentaire. Le conflit politique et la course à « qui est la plus grande puissance mondiale ? » entre les USA et la Russie trouvera également place pendant les tournois qui devenaient de véritables enjeux pour chacun des deux pays. Une nécessité pour les États-Unis d’affirmer là aussi leur suprématie sur leur ennemi de toujours, justifiant ainsi l’intérêt des plus hauts décideurs, et plus particulièrement de Henry Kissinger pour les succès de Fischer. Nous avions à ce moment dépasser le stade de simple jeu d’intellect, le talent de Fischer devenant une véritable arme nationale et un enjeu quasi prioritaire du gouvernement.

Seulement voilà, la personnalité et le comportement imprévisibles de ce joueur en faisait l’un des personnages les plus incompréhensible et incontrôlable du circuit, ce dernier pouvant refuser à la dernière minute de ne pas jouer sa finale de championnat de monde en raison des ondes que pouvaient potentiellement émettre les caméras de retransmission. La finale historique contre Spassky sera d’ailleurs le théâtre des comportements les plus incroyables et paranoïaques que les échecs connurent, perturbations qui eurent raison du Russe, déclarant forfait suite à une série de défaites consécutives. Fischer devenait champion du monde, la consécration était là. Mais cette victoire marqua un tournant essentiel dans sa vie et le point de départ d’une fuite en avant en enfer. Une fois sacré champion du monde, Fischer entra dans une paranoïa extrême, le rendant convaincu qu’il était la victime d’un complot à grande échelle visant à l’espionner à longueur de journée ainsi qu’à diminuer ses capacités intellectuelles. Plus dramatique, cette psychose l’amena à adhérer à des thèses antisémites (bien qu’il soit de confession Juive) qu’il revendiqua publiquement l’éloignant progressivement de ses fans qui l’admiraient et de la couverture médiatique.

Générant autant de passion que de mépris, Fischer reste l’une des personnalités et des joueurs les plus importants des échecs du 21e siècle, un homme marqué au plus profond de lui-même par la découverte de ce jeu à l’âge de 6 ans, une passion qui ne faiblit jamais.

Toute l’histoire de Bobby semble s’être jouée dans les premières années de sa vie, le reste n’étant dicté que par l’amour sans limite pour les échecs. Une vie monastique, entièrement dédiée à la préparation des plus grands matchs, des plus grands tournois mais qui eu raison de lui à la fois socialement mais aussi éthiquement. Garbus a peint le portrait d’un génie triste ayant grandi aliéné, et aliénant beaucoup de personnes ayant évolué à ses côtés, en l’admirant ou en le soutenant corps et âme.

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Bobby Fischer Against the World
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 3.5 En 1958, Robert James “Bobby” Fischer, alors âgé de quatorze ans, stupéfia le monde des échecs en devenant le plus jeune Grand Maître de l’histoire, lançant ainsi une carrière qui allait faire de lui une légende. Pendant les quinze années qui suivirent, son incroyable ascension au sommet du jeu captiva le monde entier et permit aux échecs de connaître un essor international considérable. Puis, à l’apogée de sa réussite, Bobby Fischer prit tout le monde par surprise en décidant de disparaître des yeux du grand public.
En 1958, Robert James “Bobby” Fischer, alors âgé de quatorze ans, stupéfia le monde des échecs en devenant le plus jeune Grand Maître de l’histoire, lançant ainsi une carrière qui allait faire de lui une légende. Pendant les quinze années qui suivirent, son incroyable ascension au sommet du jeu captiva le monde entier et permit aux échecs de connaître un essor international considérable. Puis, à l’apogée de sa réussite, Bobby Fischer prit tout le monde par surprise en décidant de disparaître des yeux du grand public.
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...