Affiche critique A Dangerous Method

A Dangerous Method

SYNOPSIS

Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud...

CRITIQUE

Lorsque le talentueux David Cronenberg avait annoncé il y a quelques temps s’attacher à la mise en images de la pièce de théâtre de The Talking Cure, on ne pouvait que nourrir de grandes attentes. Sa passion pour les corps et l’analyse psychologique de ses personnages était tout indiquée pour justifier un film sur les créateurs de ces mouvements de pensées. Et alors que l’on pouvait s’attendre à un monument, force est d’admettre qu’en dépit d’une réalisation impeccable, le film n’est pas aussi percutant qu’il aurait dû l’être.

Si A History of Violence et Les Promesses de l’Ombre, ses deux précédentes –splendides- réalisations tranchaient avec le reste de sa filmographie par un classicisme revendiqué, A Dangerous Method va encore plus loin avec une posture presque statutaire, relatant uniquement des faits sans que le point de vue de Cronenberg n’apparaisse ne serait-ce qu’un minimum.

Le film évoque en 1h40 (trop court ?) la relation entre Sigmund Freud, le père fondateur de la psychanalyse et Carl Jung, un jeune docteur que l’on pourrait considérer comme l’héritier direct. Ce dernier revendiquant ses propres idées, sa propre opinion nourrit sa réflexion au quotidien par les travaux de Freud considérés comme les plus avancés à ce jour même si pour Jung, ceux-ci peuvent être critiquables sur plusieurs aspects. Un débat d’idées, un débat de fond entre ces deux hommes qui trouvera une application concrète avec le cas de Sabina Spielrein, patiente hystérique dont Carl Jung s’occupera.

Splendide Keira Knightley qui livre purement et simplement la meilleure interprétation de sa carrière, tout d’abord effrayante dans son jeu de la folie puis sensible et attachante dans sa guérison, et dans sa capacité à dépasser ses névroses au profit de ses propres théories psychanalytiques. Son personnage prend rapidement le dessus sur les autres malgré les interprétations impeccables de Michael Fassbender (l’acteur du moment) et celle du solide Viggo Mortenssen, fidèle parmi les fidèles dans le cinéma du réalisateur Canadien. D’abord patiente, ensuite amante de Jung, Sabina sera l’objet de tous les doutes sur le jeune docteur. Par elle, Jung tuera le père au sens philosophique du terme, s’éloignant petit à petit des préceptes de Freud pour qui il vouait une admiration sans faille en début de récit. Deux hommes, deux évolutions distinctes, l’un sûr de lui, ne souffrant d’aucun vacillement de pensée, fidèle à ses principes et aux idées qu’il coucha sur papier, l’autre perpétuellement tiraillé au cours de sa vie.

Derrière le formalisme de la réalisation et la droiture visuelle (en écho cette époque où le savoir-vivre était de rigueur), Cronenberg fait parler ses personnages énonçant leurs principes révolutionnaire pour l’époque. Mais sous l’apparente simplicité des dialogues, une réelle complexité se dégage créant de fait une distance importante avec les non-initiés de la thématique. Et c’est probablement là que réside le problème principal de A Dangerous Method, celui de devoir jongler entre complexité et accessibilité auprès d’un large public. D’un certains point de vue, l’exercice peut paraître réussi mais fait naitre inévitablement une frustration de n’avoir pas été plus loin. La relation tripartite Jung/Spielrein/Freud basée essentiellement sur des discussions voire des joutes verbales aux moments les plus critiques, bien qu’étant au cœur du propos semble parfois coupée à vif pour rester mainstream, laissant régulièrement une sensation de trop peu en bouche.

C’est donc à un exercice d’équilibriste que nous sommes confrontés, jonglant régulièrement entre fondamentaux complexes et simplicité de présentation. Formellement, A Dangerous Method ne souffre d’aucune faille, et comme pour célébrer la naissance d’un mouvement de pensées nouvelles, ce film d’ailleurs est le plus lumineux de l’œuvre du réalisateur. Mes doutes résident davantage et dans l’approche du sujet, tantôt trop simple tantôt trop complexe. Parallèlement à cela, on pourra regretter une appropriation trop légère par Cronenberg qui reste finalement très extérieur à tout cela. Peut-être est-ce dû à l’aspect film historique mais à titre tout à fait personnel, je pense que le film aurait gagné à être un peu moins factuel et un peu plus personnel.

A lire également, ma rencontre avec David Cronenberg lors de la conférence de presse.

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A Dangerous Method
Avis rédigé par Mathieu Crucq le .
Note : 3 Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud...
Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud...
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Mathieu Crucq

photo de Mathieu Crucq

Co-créateur et rédacteur en chef de Cineshow.fr depuis 2006. Le blog est une manière de faire "autre chose" puisque c'est au sein de Brainsonic que je passe le plus clair de mon temps. Consomme des films en quantité semi-industrielle, a un penchant très fort pour Star Wars (on ne se refait pas)...